Comment préserver l'indépendance de la France ?

Publié le par Jimoni / Passion Stratégie

Dans l'article précédent, je m'étais prononcé en faveur d'une politique internationale de protection des droits de l'Homme. Cependant, je trouve intellectuellement intéressant de développer ici une vision à laquelle je n'adhère pas mais à laquelle j'adhérais auparavant. On qualifie cette position de souverainiste lorsqu'on l'attribue à une personnalité politique. 

Selon cette vision des relations internationales, la raison d'Etat impose que celui-ci recherche à préserver son indépendance par tous moyens. En effet, l'importance est qu'en interne, le peuple ou le Roi soit toujours à même de gouverner souverainement. Pour garder cette situation de fait, il faut alors se prémunir de tout adversaire étatique qui pourrait remettre en question cet ordre établi. Quand il est démocratique, le souverainisme est une doctrine politique qui recherche à préserver la liberté politique collective de son peuple ; quand il est monarchique, il défend le pouvoir du Roi sur ses sujets.

En France, si l'on n'est pas royaliste, auquel cas la question du retour du Roi devrait être mêlée ici ce qui accentuerait la difficulté de l'analyse, on est démocrate. Les souverainistes sont donc la plupart du temps des souverainistes démocratiques : la France doit être indépendante pour préserver la liberté politique du peuple. C'est ce que prônent, entre autres, Eric Zemmour, Jean-Pierre Chevènement ou, dans une certaine mesure seulement, Jean-Luc Mélenchon.

Que faire alors pour préserver au mieux l'indépendance de la France ? Selon moi, la première tâche est d'identifier les principales menaces à la souveraineté française. J'en identifie trois : les Etats-Unis, l'Union européenne et l'Allemagne.

Concernant les Etats-Unis, le fait est que cette puissance mondiale dépasse largement toutes les autres puissances. Son économie est la plus puissante du monde. Elle concentre près de la moitié des dépenses militaires dans le monde. Son influence culturelle est sans commune mesure. Bref, les Etats-Unis sont si puissants qu'en effet, si personne ne fait rien pour équilibrer le rapport de forces, la force américaine pourrait s'imposer largement à travers le monde et, a fortiori, en France.

L'Union européenne, quant à elle, est la menace la plus directe à la souveraineté français. Les traités européens conduisent à reconnaître un énorme pouvoir normatif aux institutions européennes. Toutes les personnes qui ont fait des études de droit le savent que trop bien. Aujourd'hui, le droit de l'Union européenne marque largement de son empreinte le droit français, ce qui pose clairement un problème de souveraineté française étant donné que cela signifie que les Français ne sont pas à l'origine d'une grande partie du droit s'appliquant en France. Toutefois, cela ne serait pas le cas si la France avait une influence prépondérante dans l'Union européenne. C'est pourquoi l'Allemagne est l'adversaire objectif de la France, parce que c'est l'Allemagne qui, aujourd'hui, a le poids le plus important dans les décisions européennes. L'Allemagne est la première économie d'Europe, la première puissance commerciale et, surtout, dispose de la population la plus nombreuse.

Que faire contre ces menaces ? Il est évident que la France doit, d'abord, rechercher à augmenter sa puissance économique et politique, ainsi que son rayonnement culturel. Cependant, il est également évident qu'elle ne fait pas le poids à elle seule. C'est pourquoi, elle doit chercher des alliés. L'allié naturel par excellence dans cette situation, c'est la Russie. La Russie est l'adversaire internationale traditionnel des Etats-Unis d'Amérique et elle dispose de nombreux atouts : une énorme réserve énergétique, une démographie imposante et surtout une puissance militaire très enviable. De plus, l'Est de l'Europe est en partie dépendante de la Russie. L'influence de celle-ci n'est plus à démontrer, il suffit de regarder les informations d'actualité géopolitique. L'Allemagne, qui se situe au centre de l'Europe, doit géographiquement se prémunir des menaces européennes Ouest et Est. S'allier avec la Russie, ce serait éventuellement permettre à la France d'accentuer la pression diplomatique sur l'Allemagne. Cependant, ce jeu est à double tranchant dans le cadre du contrôle de l'Union européenne. Si l'Allemagne et les autres pays du centre et de l'Est de l'Europe dominent la partie, alors la France fera face à un bloc allemand trop puissant dans les instances européennes. Dans le cas inverse, la pression exercée conjointement par la France avec la Russie permettra à la France d'être dans une position beaucoup plus avantageuse. À ce stade, nous ne pouvons pas aller plus loin dans les détails parce qu'ici rien n'est joué et tout dépend de la façon dont les acteurs politiques se comportent et s'organisent pour gagner la partie.

Contrecarré la puissance américaine, augmenter la pression sur l'Allemagne, l'alliance avec la Russie serait également précieuse pour gérer les relations franco-chinoises. La Chine est la deuxième puissance mondiale. Certains la qualifient même comme superpuissance. Elle est aujourd'hui la principale menace à l'hégémonie américaine. Toutefois, elle est aussi une menace pour la souveraineté française. La puissance commerciale chinoise est telle que de nombreux pays sont déjà dépendants des relations commerciales qu'ils nouent avec la Chine. La France ne fait pas exception. Malgré tout, la Chine est une bienheureuse occasion pour la France de contrecarrer l'hégémonie américaine. Elle doit donc à la fois la soutenir et contenir sa puissance. La Russie, une nouvelle fois, est un soutien de taille, en particulier en raison des ressources énergétiques et territoriales immenses dont elle dispose par rapport aux Chinois et aussi par le fait qu'elle constitue, dans l'éventualité d'un conflit, une menace directe à la Chine.

La Russie n'est pas la seule puissance sur laquelle la France peut compter dans le monde. Pour contenir la Chine, la France a tout intérêt à soutenir les intérêts russes en Asie centrale et en particulier dans le Kazakhstan qui a une importance géostratégique bien trop grande pour être contrôlée par la puissance chinoise. Elle a également intérêt à entretenir ses relations avec l'Inde. L'Inde est la seule puissance capable de rivaliser démographiquement parlant avec la Chine. Mais son économie et de nombreux problèmes internes l'empêchent, pour le moment, d'avoir une puissance comparable à la puissance chinoise. L'Inde n'est donc pas une menace mais elle est le meilleur atout pour contenir la menace chinoise du fait de son milliard-trois habitants et de sa proximité directe avec la Chine.

Face à la Chine, la France devrait-elle s'allier avec le Japon ? C'est une éventualité. Cependant, la France ne peut convenablement soutenir les intérêts de toutes les nations du monde. Elle doit donc faire des choix et celui-ci n'est pas prioritaire. Il ne l'est d'autant pas que les Etats-Unis travaillent déjà avec le Japon dans l'endiguement de l'influence chinoise.

Ailleurs dans le monde, la France doit préserver des relations étroites avec les nations avec qui elle entretient des relations commerciales importantes, comme par exemple le Niger dont elle tire encore un tiers de ses importations en Uranium.

La France doit aussi penser à sa politique d'Outre-Mer. Nous partirons du postulat que la France est indivisible et qu'elle ne recherche donc pas à favoriser l'indépendance de ses collectivités d'Outre-Mer. Ce serait pourtant une solution possible dès lors que la Métropole et ladite collectivité n'entretiennent pas de relations commerciales d'importance (ce qui est rarement le cas, du point de vue des Outre-Mer) et que cette dernière souhaite une autonomie politique. Toutefois, ce débat complexifierait l'article. Partant donc du postulat de l'indivisibilité de la France, celle-ci doit penser à préserver sa souveraineté sur ses territoires d'Outre-Mer. En Amérique, les îles caraïbéennes et la Guyane française peuvent être défendues par une alliance renforcée avec le Brésil (en Océanie, avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande ; dans l'Océan Indien, avec l'Inde et l'Afrique du Sud). Cette alliance avec le Brésil serait une garantie supplémentaire de leur indépendance en plus d'être un moyen intéressant de contrecarrer la superpuissance américaine. Dans cette dernière optique, d'ailleurs, le renforcement des relations avec la province du Québec est important.

Favoriser l'esprit indépendantiste québécois est un jeu à double tranchant une nouvelle fois, mais qui peut s'avérer extrêmement fructueux. C'est dangereux parce que, poussé trop loin, ce jeu pourrait entraîner une réaction anglo-saxonne dont les conséquences économiques et politiques pourraient être importantes. Le Canada, les Etats-Unis, aidés par l'Australie et la Nouvelle-Zélande pourraient non seulement défavoriser les intérêts économiques français dans le monde mais aussi politiques en favorisant une indépendance contre notre gré de certaines collectivités d'outre-mer, comme la Nouvelle-Calédonie. Mais bien mené, ce jeu pourrait fournir à la France un moyen de pression sur le Canada et, in fine, sur les Etats-Unis et le Royaume-Uni, principaux garants extérieurs des intérêts internes du Canada. Ce moyen de pression doit donc être utilisé avec parcimonie et précision, uniquement lorsqu'on peut en obtenir un léger avantage ou, au moins, pour se préserver d'une éventuelle pression anglo-saxonne sur un autre dossier.

Que doit faire la France pour préserver son indépendance ?

En résumé, si la France doit adopter une politique extérieure souverainiste, voici ce qu'elle doit faire :

  • Se maintenir dans l'Union européenne en cherchant à réduire la puissance diplomatique allemande en son sein. Quitter l'Union européenne en cas d'échec.
  • Développer des relations très fortes avec la Russie.
  • Travailler avec l'Inde.
  • Maintenir de bonnes relations avec le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Australie et Nouvelle-Zélande.
  • Maintenir de bonnes relations avec les nations avec lesquelles nous avons un commerce d'importance stratégique (ex : pays de l'UE, Niger)
  • Être neutre vis-à-vis du reste.

Publié dans Politique, Réflexions

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