Jouer à Fifa : l'habileté comme facteur incalculable de la stratégie

Publié le par Jimoni / Passion Stratégie

La stratégie, c'est du calcul. Mettre en place une stratégie consiste à calculer les coups en avance, à les mémoriser, à entrevoir ce qu'il va se passer afin d'anticiper et d'élaborer le meilleur plan possible. Cependant, les situations dans lesquelles il est véritablement possible de faire un tel calcul sont extrêmement rares. Si nous pouvons tenir compte d'un certain nombre de facteurs calculables (notamment tout ce qui est quantitatif), beaucoup d'autres facteurs sont incalculables (beaucoup de facteurs qualitatifs). Je vous renvoie à tous mes autres articles sur le thème de la notion clausewitzienne de friction pour cela.

En tout cas, j'ai pris davantage conscience de cette réalité hier. Je jouais à Fifa et, comme à mon habitude sur beaucoup de jeux, j'applique les principes de la stratégie de Ferdinand Foch (économie des forces, liberté d'action, sûreté/surprise). (il me faudrait faire un article sur lui d'ailleurs). Après avoir enchaîné un très grand nombre de victoires (une douzaine) ces derniers jours, j'ai commencé à flancher et à tomber sur des adversaires plus forts. 

Tactiquement parlant, je pense avoir été meilleur, en général, face à mes adversaires. Je faisais plus de tirs, j'avais une meilleure possession et je défendais bien le peu de fois où il le fallait. A priori, j'avais tout ce qu'il fallait pour gagner. Seulement, je n'avais pas une chose, c'est-à-dire que je ne dominais pas sur un facteur de la victoire : par rapport à mes adversaires, je manquais clairement d'habileté.

Certes, je tirais beaucoup, mais c'étaient des tirs imprécis, pas assez ou trop puissants, ou des tirs avec un mauvais timing. Niveau passe, je savais parfaitement faire des passes simples à mes joueurs, ainsi que des changements d'aile. Mais je ne savais ni faire de bons centres, ni de bonnes passes en profondeur. En comparaison, mes adversaires exécutaient des gestes parfaits dès qu'ils avaient le ballon, si bien que même si j'avais le ballon les 2/3 du temps, le 1/3 restant leur suffisait à marquer au moins le but qu'il leur fallait pour gagner. J'avais donc beau changer mon dispositif tactique, changer mes joueurs, alterner défensive/offensive, etc. Face à eux, je n'avais pas le facteur le plus important du jeu : l'habileté à jouer et à maîtriser sa manette.

L'habileté, la force musculaire, le hasard, la fatigue... De nombreux facteurs viennent perturber toute planification stratégique. Placé au sommet d'un grand pays, même le meilleur des stratèges ne pourrait pas concevoir un plan parfait et certain, en raison de l'importance de ces facteurs incalculables. Il suffit d'ailleurs d'un seul facteur incalculable, pourvu qu'il soit prépondérant dans le déroulement des événements. Dans le cas de Fifa, qu'importe la chance ou la fatigue, c'était véritablement l'habileté qui faisait la différence ou l'expérience à la manette.

Quelle est alors la part du stratège dans le résultat d'un jeu ou d'un conflit ? Dès lors qu'il ne peut pas tout maîtriser, il semble que la maîtrise du destin ne soit pas à sa portée, loin de là. La stratégie ne serait alors que l'art de s'adapter aux circonstances sans jamais les maîtriser. Le stratège serait comme un homme emporté par un courant au milieu d'un fleuve face auquel il ne pourrait se débattre et qui, faute de mieux, tenterait seulement de bouger afin d'orienter son corps dans une direction propice à un meilleur potentiel de survie, sans être certain de parvenir en vie au bout du compte.

Publié dans Anecdote, Réflexions

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