La stratégie et le ménage : illustration de la notion de friction

Publié le par Jimoni / Passion Stratégie

(Afin de mieux comprendre ce qui va suivre, lisez cet article si vous ne l'avez pas déjà fait)

Bon. Je pense qu’avec cet article, je vais franchir le pas de l’ignominie en matière d’utilisation de l’analogie pour la pensée stratégique. Oui, je m’apprête ici à faire le lien entre la stratégie et… le ménage.

Il y a quelques jours, j’ai dû rendre un petit logement, un meublé. Il me fallait alors préalablement déménager mes affaires et faire le grand ménage. J’avais planifié qu’en une journée, je pouvais y parvenir, étant donné que le logement est petit et que j’avais déjà pré-déménagé quelques affaires. Je m’étais même dit que, bien énervé, en une matinée, tout pouvait être fait.

Vint alors le jour-j. J’ai commencé, comme convenu, par déménager mes affaires en les mettant dans la voiture. Cette activité est particulièrement épuisante. Le logement se situe au troisième étage. Il n’y a pas d’ascenseur. Et pour faire bien (non), les portes sont difficiles à pousser et se referment toutes seules, donc je ne vous dis pas la galère que c’est pour les passer lorsque vous portez un meuble relativement lourd. Ajoutez à cela mes faibles capacités sportives, et vous avez un homme déjà épuisé après avoir rempli sa voiture en faisant près de 10 aller-retours entre celle-ci et son logement. (Je me dois également de préciser, pour l’anecdote, que, comme par hasard, deux ou trois jours avant, la porte du coffre ne tient plus et donc, pour pouvoir y mettre des affaires, il me faut la tenir avec un bras pour y déposer mes affaires avec l’autre, ou avec ma tête si mes affaires nécessitent deux bras pour être portées. Sachez que cela fait très mal à la tête parce que la porte du coffre est particulièrement lourde!).

À ce stade, j’ai débarrassé le logement de la grande majorité de mes affaires. Les affaires restantes sont de deux sortes : celles servant au ménage, celles qui n’ont ni cartons ni boîtes de rangement dédiés et pour lesquels je vais devoir trouver une solution pour les transporter jusqu’à ma voiture (solution qui se concrétisera par la mise en place de « sacs à bordel »). En tout cas, au bout d’1 heure / 1h30, je suis déjà épuisé. Je subis déjà les effets de la friction clausewitzienne en étant fatigué par un tel effort physique.

Mais, j’ai du courage. Je n’abandonne pas. Je passe au ménage. Je me dis que bien énervé, comme c’est un petit logement, je peux finir rapidement. Il me faut seulement nettoyer les grandes vitres, décongeler le frigo, passer l’aspirateur partout (partout !), nettoyer la faïence de la salle de bain, etc. Bref, il me reste tout de même pas mal de choses à faire. Je m’exécute. Je travaille dur. Cependant, je ne pensais pas que cela serait si compliqué. (Pour mieux comprendre ce qui va suivre, sachez que ce logement n’a presque pas servi de l’année en raison des mesures sanitaires, donc il n’a pas pu être régulièrement entretenu). Le frigo avait accumulé une masse astronomique de glace et la technique de l’eau chaude dans un bol pour accélérer la décongélation n’était pas assez efficace, il m’a fallu réchauffer l’eau de nombreuses fois. De même, les fenêtres et leurs contours avaient accumulé une crasse impressionnante (il y a eu régulièrement des travaux juste à côté du logement, ce qui explique sans doute cette crasse). En plus, nettoyer ces fenêtres est une activité dangereuse (danger de la guerre) parce que j'étais contraint à m’approcher dangereusement du rebord de fenêtre et donc du vide ! Résultat : il était 12h30, et je n’avais fait que les quatre grandes vitres et le frigo (décongelé et nettoyé). Ce manque d’informations sur l’ampleur de la tâche à accomplir allait me poursuivre encore l’après-midi. Je ne pensais pas faire face à un tel brouillard de guerre.

Comme il est midi passé, je mange une bonne pizza, je me repose un peu, et j’y retourne. Je continue le ménage et, là encore, je ne pensais pas que la tâche allait être si importante. Je n’avais pas prévu toutes ces taches incrustées ici ou là. De plus, l’épuisement me faisait faire aussi n’importe quoi. Notamment, j’oubliais de passer l’aspirateur ou l’éponge à certains endroits, je perdais du temps inutilement. Bref, l’effort physique et le manque d’informations venaient à bout de mon plan initial.

Il était alors 16 heures et il me restait encore pas mal de choses à faire. Je me décidai à mettre les petites affaires dans les sacs à bordel et à les descendre dans la voiture. En y allant, je me rendis compte d’un point problématique : tout ne passera pas dans la voiture. Il n’y aura pas la place pour la télé et l’aspirateur. Puis, en remontant, je me rendis compte d’un autre point : je devais passer la serpillière en dernier lieu, mais comment faire lorsqu’on n’a pas de serpillière ? Je compris alors que j’avais perdu cette guerre. Il m’était impossible de régler ces deux problèmes dans le temps qu’il me restait. De toute façon, même s’il m’était possible de les régler, je n’avais plus la force physique ni la force morale de continuer. Je pris alors la décision d’abandonner.

 

Les raisons de mon échec et comment ne pas le reproduire

Tout le long de mon récit, j’ai pris de soin de lier ce qui m’arrivait avec la notion de « friction » dont nous avons déjà parlé sur ce blog. Dans cette histoire, je pensais pouvoir préparer mon logement pour le rendre en une journée. Cependant, même si j’avais planifié ma journée, je n’avais pas prévu toutes ces choses qui allaient rendre difficile l’exécution de mon plan. J’avais sous-estimé l’ampleur de la tâche à accomplir (brouillard de guerre) et je n’avais pas tenu compte de la baisse de productivité qui résulterait de mon épuisement physique (effort physique de la guerre). C’est véritablement la friction qui a eu raison de moi. Je ne suis pas parvenu à accomplir mon objectif à cause de cela. Comment aurais-je pu réussir à l’accomplir ? En réduisant cette friction (notamment, en m’organisant mieux que cela de façon à prévoir d’éventuelles imprévues), ou en augmentant mes moyens en me faisant aider par un proche (ce qui aurait également réduit la friction, puisqu’on se serait mieux adapté aux circonstances et je me serais moins épuisé).

Par conséquent, sachez ne pas commettre les mêmes erreurs que moi. Si vous souhaitez accomplir un objectif quelconque, prévoyez dans votre plan la friction. Autrement dit, gardez une certaine liberté d’action, mettez à votre disposition des moyens flexibles, afin de répondre à ces difficultés imprévisibles qui se présenteront lors de l’exécution de votre plan. En espérant que cette anecdote vous aura fait sourire et, surtout, mieux comprendre cette notion (n'hésitez pas à donner votre avis en commentaires !).

Publié dans Anecdote

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