Une autre méthode pour gagner à tous les coups ! Quelques réflexions sur la notion de victoire

Publié le par Jimoni / Passion Stratégie

J’avais déjà traité de la question de l’invincibilité dans un article précédent relativement récent. Je vous avais alors fourni la méthode suivante pour devenir invincible : il suffit de ne batailler que lorsque vous êtes certain de remporter la bataille. Autrement dit, pour ne plus jamais être vaincu, choisissez de ne vous battre que lorsque vous êtes certain d’être le vainqueur.

Dans ce nouvel article, je vais vous proposer une autre méthode, laquelle va nous permettre ensuite de mieux comprendre un aspect essentiel de la notion de victoire.

Comment gagner à tous les coups ?

 

L'invincibilité n'est pas illusoire. C’est un fait. L'histoire des grands stratèges militaires nous l'enseigne. Parmi ceux qui n'ont jamais connu la défaite, nous trouvons Alexandre le Grand ou encore Khalid Ibn Al-Walid. Dans d’autres domaines, nous trouvons également des personnes invincibles. En matière de sports de combat, et en prenant des exemples récents, Floyd Mayweather (50 victoires, 0 défaite) n’a jamais souffert de la défaite lors de sa carrière professionnelle en boxe anglaise, tout comme Khabib Nurmagomedov (29-0) depuis le début de sa carrière professionnelle en arts martiaux mixtes.

Cependant, si l'invincibilité n’est pas un fantasme, elle n'est pas accessible aux êtres communs et relève de l'exception, c’est-à-dire de personnes exceptionnelles au sens propre du terme. Et c’est une vérité d’ordre logique. En effet, l'exceptionnel stratège qui parvient à vaincre cent fois, sans jamais avoir été vaincu, a lui-même vaincu cent fois. Cela signifie qu'il a pu vaincre jusqu'à cent personnes différentes, rendant donc « vincibles » jusqu’à cent stratèges. Autrement dit, en matière de stratégie, les stratèges exceptionnels ont pour don de frapper de banalité les stratèges qui leur sont inférieurs. Par conséquent, compte tenu de cette réalité, nous pouvons déduire la chose suivante : peu d’entre nous, mes chers lecteurs, si ce n’est personne, connaîtront l’invincibilité.

C’est ce que nous pourrions croire, a priori. Mais rassurez-vous : je détiens le secret de la victoire. Après des années de réflexions stratégiques, je suis parvenu à découvrir l’essence de la victoire. J’étais, comme vous, dans une caverne aux parois sombres. Puis, tel un philosophe, je me suis levé puis retourné, afin de me diriger vers la lumière. C’est alors que dans ce monde lumineux, je vis la réponse à cette grande question : comment vaincre à tous les coups. Maintenant, redescendant de ce beau monde, je m’apprête à rayonner pour que vous aussi puissiez briller de mille feux et vous élever à l’invincibilité ! Ce secret est le suivant :

 

N’acceptez pas votre destin, désirez-le.

 

Plus explicitement, il faut que vous vouliez ce qu’il adviendra ou, dit autrement, que vous accordiez votre volonté avec le destin. Illustrations :

  1. Vous engagez un combat quelconque. Votre objectif est le suivant : mettre hors d’état de nuire votre adversaire. Le combat se déroule et, finalement, vous voyez que votre objectif initial risque de ne pas s’accomplir. Au contraire, c’est plutôt vous qui allez être mis hors d’état de nuire. Vous souhaitez tout de même remporter la victoire. Comment ? Eh bien, c’est très simple : il vous suffit de désirer votre destin, c’est-à-dire désirer d’être mis hors d’état de nuire. Vous n’avez qu’à considérer, et ce rétroactivement, que votre nouvel objectif est que votre adversaire vous mette hors d’état de nuire. Ainsi, dès qu’il vous aura mis K.O., vous pourrez considérer que votre objectif a été accompli et que, par conséquent, vous avez gagné. Bravo.

  2. Une autre illustration encore plus intelligente vous donnera toutes les clés pour savoir comment gagner à tous les coups. Vous engagez un combat quelconque. Si vous voulez être certain de l’emporter, vous n’avez qu’à choisir pour objectif le suivant : obtenir un résultat quelconque du combat. Si vous êtes mis hors d’état de nuire, vous gagnez. Sinon, vous gagnez. Si personne n’est ne serait-ce que blesser, vous gagnez. Vous gagnez à tous les coups car votre objectif est, finalement, que les choses changent. Vous vous considérez comme gagnant car toute situation vous rendra satisfait.

 

Pourquoi cette méthode est absurde et que nous dit-elle sur la notion de victoire ?

 

Bien évidemment, ma méthode ne convaincra personne. Il y a deux raisons à cela. La première d’entre elles est que l’idée de considérer comme gagnant une personne qui a abandonné son premier objectif pour un second objectif nous dérange, même dans l’hypothèse dans laquelle cette personne considérerait rétroactivement que ce second objectif était son objectif initial. Elle nous dérange parce que même si elle se considère comme vainqueur, ce n’est que seule dans son coin, en ce sens que nous ne la considérerons pas comme vainqueur parce que « c’est trop facile » de changer d’objectif en cours de route. La première raison est donc la suivante : derrière le sens du mot victoire, il y a une idée de reconnaissance sociale. Se considérer comme vainqueur n’est pas suffisant pour être considéré comme vainqueur par les autres. Et cette idée nous poursuit lorsque nous recherchons à obtenir une victoire. Généralement, nous choisissons des objectifs dont l’accomplissement a une certaine valeur, une certaine considération aux yeux d’autrui.

La deuxième raison qui explique pourquoi cette méthode ne convaincra personne, c’est qu’il est absurde de tout désirer. Désirer, avoir une volonté, implique de distinguer entre ce que nous voulons et entre ce que nous ne voulons pas. Si on désire tout, c’est qu’on ne désire rien en particulier. Par ailleurs, et surtout, il est absurde d’agir en vue d’obtenir quelque chose qui se réalisera de toute façon, quelle que soit notre volonté. Imaginons qu’une personne prenne un café très chaud et qu’il ait pour objectif de le refroidir le plus vite possible afin de le boire. Il agit dans ce sens, en mettant un glaçon dans son café, et en soufflant dessus. Finalement, assez rapidement, il parvient à suffisamment le refroidir pour le boire. Il s’écrie : « J’ai réussi ! ». Dans cet exemple, il n’y a rien d’absurde, il a bien raison d’être content. Maintenant, imaginons qu’il souhaite que le café se refroidisse, point. Il ne fait rien. Il attend. Le café se refroidit et devient froid. Il s’écrie : « J’ai réussi ! ». Ce second exemple nous dérange, parce qu’il n’a rien fait pour que le café se refroidisse et que, de toute façon, le café se serait refroidi de lui-même. Dès lors qu’il ne souhaitait pas le refroidir au plus vite, son objectif se serait nécessairement accompli, parce qu’il en va du destin de ce café. Par conséquent, nous pouvons déduire que dans l’idée de victoire, il y a une idée de confrontation avec le destin. Lorsque nous gagnons, c’est qu’on a modifié le cours des choses, qu’on a imposé notre volonté.

Ces deux aspects de la notion de victoire ont des implications en matière de stratégie. Cela fera l’objet d’un prochain article.

Publié dans Réflexions

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