Pourquoi lire Sun Tzu ?

Publié le par Jimoni / Passion Stratégie

 

La renommée de Sun Tzu dépasse celle des autres grands auteurs de la science stratégique, bien connus des amateurs de stratégie, tels que Clausewitz ou André Beaufre. En effet, elle s’étend bien au-delà. On trouve d’ailleurs des « livres dérivés » de Sun Tzu dans tous les domaines : le sport, la psychologie, l’éducation, etc. Sun Tzu a imprégné de sa marque la culture mondiale. Certaines séries citent Sun Tzu (mémoire sélective oblige, la seule dont je me souviens avec certitude est la série Daredevil). Certaines musiques également (« Art of War » de Sabaton). Un blog français est entièrement consacré à son étude (suntzufrance.fr). Bref, Sun Tzu est sans aucun doute le stratégiste le plus connu.

Maintenant, est-ce que lire « L’Art de la Guerre » de Sun Tzu est pertinent ? Intéressant ? À mon sens, oui, oui et encore oui. Trois oui et quatre raisons :

 

C’est un texte bref.

Selon les traductions, la longueur du texte variera. De tête, il me semble que la traduction la plus longue (et la moins recommandée) est celle que nous trouvons gratuitement sur internet (celle du Père Amiot, première traduction française). Mais même celle-ci est relativement courte : j’ai en ma possession une version imprimée de cette traduction, et le tout ne fait qu’une centaine de pages en très gros caractère. En comparaison, la traduction de Jean Lévi (la plus recommandée) aboutit à une trentaine de pages, sans pour autant que le texte soit écrit en petit caractère. Au maximum, en quelques heures, Sun Tzu est lu. Au minimum, en lecture rapide, en une demi-heure, c’est plié. L’avantage est donc qu’il peut être lu et relu très facilement.

 

C’est un texte complet.

Sun Tzu traite d’à peu près tous les aspects de la stratégie. Il traite aussi bien des qualités du commandant, que de l’art du commandement. Il traite de géographie militaire, des différents types de terrain pour livrer bataille. Il parle de la façon dont on doit analyser les forces de l’adversaire et ses propres forces, ainsi que de leurs rapports. Il évoque l’importance de la ruse, de l’information et de la désinformation. Il écrit même à propos de l’utilisation du feu à des fins militaires ! Et là où il est fort, c’est qu’il traite de ces sujets tout en restant suffisamment abstrait et évasif pour qu’on puisse raisonner par analogie afin de s’adapter à des situations différentes (ce qui explique sans doute pourquoi nous trouvons des livres de stratégie d’entreprise ou de stratégie sportive s’inspirant de Sun Tzu). En faisant tout cela, Sun Tzu parvient à être concis et complet, voire à être exhaustif et intelligible.

 

C’est un texte suggestif.

Sun Tzu suggère plus qu’il ne prescrit. En cela, il nous ouvre l’esprit à des possibilités et ne nous donne pas des réponses toutes prêtes. Encore une fois, cela permet aux lecteurs d’apprendre à s’adapter à des situations variées, pour deux raisons. D’une part, en suggérant, il permet aux lecteurs de rester autonome par rapport à ses propositions. Le lecteur pourra, en effet, penser au-delà de ses propositions ou bien exclure l’application de certaines d’entre elles pour n’appliquer que celles pertinentes à la situation à laquelle il fera face. D’autre part, la suggestion laisse place à la réflexion davantage qu’une prescription. Quand on prescrit, on « doit faire ça », point. Quand on suggère, on « peut faire ça », donc on peut aussi faire autre chose. La suggestion donne des idées sur lesquelles on peut réfléchir, ce qui est, à mon sens, bien plus formateur qu’une prescription.

 

C’est un texte empli d’une pensée singulière.

Cela fait un peu cliché de dire d’un texte ancien, venant d’Extrême-Orient, qu’il a un aspect exotique, voire mystique. Pourtant, pour ma part, je trouve que c’est effectivement le cas. Notamment, le chapitre 6 de l’Art de la Guerre est consacré aux « Vides » et aux « Pleins ». En fait, ce chapitre peut être vu comme l’application de la philosophie taoïste (Yin-Yang, etc.) à la stratégie (cf : les rapports entre la stratégie et la philosophie). Cette philosophie repose beaucoup sur, ce qu’on pourrait appeler, « la complémentarité des oppositions ». L’existence de l’être (ex : une pierre) suppose l’existence du non-être (c’est-à-dire tout ce qui n’est pas une pierre : ex, un chat), donc l’existence de son contraire. Cela s’explique par le fait qu’une chose peut autant être définie par ce qu’elle est que par ce qu’elle n’est pas. Définir est un exercice qui a toujours ce versant positif et négatif. Cette philosophie ajoute que dès lors, si on ne définit pas une chose, alors on ne définit pas sa négation, ou son contraire. Sun Tzu applique cette philosophie à la stratégie de plusieurs façons, d’où notre article sur les points faibles naturels. Si votre adversaire a un point fort, cela signifie qu’il a, en comparaison, des points non-forts, donc des points faibles. Cela peut vous paraître, à ce stade, très abstrait, peu concret. Mais c’est aussi cet effort de compréhension et d’approfondissement qui vous permettra de vous améliorer.

Ce sont pour toutes ces raisons, et notamment pour comprendre la singularité de sa pensée, que je vous invite à lire Sun Tzu. Bonne lecture !

Publié dans Livres

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