Chaka Zoulou et la Bataille de Gqokli Hill (1818)

Publié le par Jimoni / Passion Stratégie

Alors que depuis trois ans, l’Europe se remettait des guerres napoléoniennes, l’Afrique, à son tour, s’apprêtait à connaître l’épopée d’un stratège monstrueux : Chaka Zoulou.

Nous sommes en avril 1818 et les Zoulous, sous le commandement de leur roi Chaka, étaient positionnés en haut d’une colline du nom de « Gqokli Hill ». Leurs adversaires étaient les Ndwandwe. Le rapport de force était, a priori, largement à l’avantage de ces derniers. En effet, les Zoulous ne disposaient que de 5.000 hommes face à 12.000 ennemis. Cependant, le contexte géographique était plutôt à l’avantage des Zoulous. D’une part, ils contrôlaient le sommet de la colline, le « High Ground ! », ce qui leur procurait une position défensive confortable. D’autre part, le sommet de la colline disposait d’une dépression, c’est-à-dire d’un creux, qui permettait aux hommes de s’hydrater et dans laquelle Chaka a pu dissimuler une partie de ses troupes (deux régiments d’élite). Ce creux, en outre, était inconnu de ses adversaires. En comparaison, les Ndwandwe disposaient, certes, d’une rivière, mais à deux kilomètres de la bataille, ce qui avait pour conséquence de rendre l’approvisionnement en eau plus difficile. Surtout, cette différence de résistance face au climat avait pour conséquence le fait qu’il était plus facile pour les Zoulous de demeurer sur le lieu de bataille que les Ndwandwe, dont les ressources manquaient.

La bataille commença par le détachement d’une partie de l’armée Zoulou. En effet, Chaka décida d’envoyer une petite partie de ses hommes, environ 700, peut-être 1.000, emmener le bétail en dehors du champ de bataille. Nomahlanjana, commandant des forces Ndwandwe, envoya à la poursuite de ces derniers environ 4.000 hommes. Par cette manœuvre de diversion, Chaka réduisit la supériorité numérique de ses adversaires. Le rapport de forces passa d’environ 4 Zoulous pour 10 Ndwandwe (5.000 contre 12.000), à 5 pour 10 (4.000 contre 8.000). Cependant, Chaka n’était toujours pas sorti d’affaires. Non seulement, il était toujours en situation d’infériorité numérique, mais il était piégé au sommet de sa colline. Fort heureusement pour lui, comme dit précédemment, le climat lui était favorable. Et cette situation contraignait donc Nomahlanjana à l’offensive.

Le commandant Ndwandwe comprenait, toutefois, qu’il lui était difficile de prendre le contrôle de la colline. Le passage jusqu’au sommet était âpre et conduisait notamment à une trop forte concentration de troupes au même endroit : la manœuvre était difficile. C’est pourquoi il lança plusieurs offensives, avec des tactiques différentes. Ses offensives échouèrent, mais les pertes étaient lourdes des deux côtés, si lourdes qu’il semblait même que les Zoulous n’étaient plus très nombreux au sommet de la colline, justifiant le lancement d’une nouvelle et dernière offensive.

Les Ndwandwe se ruèrent alors une dernière fois vers le sommet de la colline. La victoire aurait pu leur revenir, mais Nomahlanjana n’avait pas connaissance du creux au sommet de la colline et donc des régiments d’élite Zoulous restants que Chaka avait décidé de dissimuler. Chaka ordonna à ces deux régiments de prendre en tenaille les Ndwandwe des deux côtés. Pris par surprise, ces derniers furent pris d’une peur panique qui les désorganisa et qui causa leur massacre par les Zoulous. Chaka Zoulou avait gagné la bataille. Celle-ci marqua le début de sa funeste épopée.

 

Bleu : Ndwandwe // Rouge : Zoulou // Carré = 1000 hommes // Triangle rouge = Bétail // Marron = Colline // Vert = Creux sur le sommet de la colline

 

La leçon d’histoire : La supériorité numérique est importante, mais elle n’est pas le facteur unique de la victoire.

Lors de cette bataille, Chaka Zoulou a parfaitement su se servir de ses atouts pour compenser l’infériorité numérique de ses troupes. Premièrement, il s’est servi du bétail dont il disposait pour attirer une partie des troupes ennemies en dehors du champ de batailles, ce qui permit à ses troupes d’être dans une situation tactique plus confortable. Secondement, surtout, il se servit comme il le fallait de la dépression au sommet de la colline. Cette particularité géographique lui a permis de subjuguer les Ndwandwe en leur faisant croire que les Zoulous étaient encore plus faible qu’en réalité, croyance sur laquelle reposait l’effet de surprise issu de la manœuvre en tenaille décisive. C’est ainsi qu’en mêlant atouts du terrain et effets psychologiques, Chaka Zoulou se rendit maître du champ de bataille malgré un rapport de force qui lui était défavorable.

Publié dans Leçon d'Histoire

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