L'intelligence et la force : qui est le déterminant réel de la victoire ?

Publié le par Jimoni

Selon Hervé Coutau-Bégarie, la stratégie peut être définie comme l'art de la dialectique des intelligences qui emploient la force ou la menace d'user de la force pour résoudre leur conflit. En effet, la stratégie est une épreuve de volontés qui utilisent intelligemment des moyens pour atteindre leur objectif, ou pour empêcher l'adversaire d'accomplir le sien. Dès lors, deux éléments servent ici à obtenir la victoire : la force et l'intelligence. Or, de ces deux éléments, lequel est le plus déterminant dans l'obtention de la victoire ?

 

Par logique, toutes choses étant égales par ailleurs, celui qui remporte la victoire est celui qui dispose des moyens les plus adaptés ou nombreux. Ce raisonnement abstrait est confirmé par la réalité empirique qui montre, par exemple, que c'est en général celui qui emploie le plus de moyens dans une bataille qui parvient à l'emporter.

 

Cependant, il est arrivé en pratique que l'intelligence se révéla plus décisif que les moyens. Lors de la bataille d'Austerlitz en 1805, les Français étaient en infériorité numérique par rapport à leurs adversaires austro-russes. Cela n'empêcha pas à Napoléon Bonaparte de vaincre par la ruse, en optimisant l'emploi de ses forces grâce à son plan conçu par son intelligence. Ainsi, la réalité empirique montre que tantôt l'intelligence, tantôt les moyens, peuvent être les facteurs déterminants de la victoire.

 

Il n'en reste pas moins que dans le monde des idées, il semble que ce soit bien l'intelligence le facteur le plus déterminant. En effet, une armée comptant 10.000 soldats peut être vaincue par une dizaine de personnes si elle est mal menée. Bien que l'exemple qui va suivre est extrêmement improbable, on peut concevoir une telle armée menée par un général idiot qui déciderait d'envoyer 1 par 1 ses soldats contre la dizaine d'ennemies, bien campées dans leur fortification, avec pour ordre de mission de les capturer, vivants, à mains nues. Or, on se doute qu'une telle stratégie est vouée à l'échec : ses soldats vont simplement se faire tuer l'un après l'autre. Avec une telle stratégie, même une armée composée de 100 millions de soldats pourrait être vaincue par une dizaine d'ennemies. Une stratégie encore plus idiote serait d'abandonner sans combattre. Ainsi, on voit bien que l'intelligence peut presque multiplier par 0, c'est-à-dire annuler, la force.

 

Or, l'inverse n'est pas possible parce que, d'abord, il ne peut y avoir d'exercice de la volonté sans moyens à disposition. Le simple fait d'exister implique d'avoir des moyens. Le caillou, même sans volonté, peut déjouer les plans d'un randonneur en le gênant dans sa course (en le faisant tomber par exemple). Mais s'il a alors les moyens de le faire tomber, ce n'est pas un fait volontaire, parce que le caillou n'a pas de volonté. Simplement, le simple fait d'exister permet au caillou d'avoir des moyens d'agir sur le monde. Il ne peut y avoir de combats sans utilisation de moyen, parce que l'inverse supposerait l'inexistence d'un des belligérants, ce qui n'est pas possible car il n'y aurait dès lors pas de combat. Ainsi, le combat suppose nécessairement l'existence de moyens.

 

De plus, qu'ils soient nombreux ou non, de bonnes qualités ou non, les moyens ne peuvent annuler l'intelligence parce qu'ils lui obéissent. Certes, je peux me servir de mon intelligence pour frapper ma tête et perdre ainsi des neurones, mais c'est bien l'intelligence qui est la cause première de cet acte, non pas mon poing. Le poing ne réfléchit pas, il ne peut agir de façon intentionnelle, il a besoin de l'intelligence. C'est ainsi bien l'intelligence qui commande les moyens.

 

En résumé, l'intelligence peut annuler tous les effets des moyens. Comme le moyen pris en lui-même n'a pas d'intention, il ne peut annuler les effets de l'intelligence que si l'intelligence elle-même lui commande. Et comme il n'est pas possible de concevoir un combat en l'absence de moyens, parce que l'absence de moyens suppose l'inexistence des entités combattantes car le simple fait que celles-ci existent donne naissance à des moyens, on ne peut pas concevoir non plus l'annulation des effets de l'intelligence par l'absence de moyens.

 

Autrement dit, comme l'existence d'une entité suppose l'existence de moyens, il ne peut y avoir de combats sans moyens, mais des moyens commandés par une intelligence peuvent voir leurs effets annulés par le commandement de cette intelligence (en abandonnant par exemple), alors que les moyens ne peuvent avoir une influence sur les effets de l'intelligence que par le commandement de l'intelligence.

 

CONCLUSION : L'intérêt d'apprendre la stratégie.

 

Il semblerait alors que des deux éléments de la stratégie qui permettent d'accomplir un objectif, l'intelligence semble être l'élément déterminant par rapport aux moyens (comme la force, en stratégie militaire). De cela, on peut conclure qu'apprendre la stratégie est particulièrement important, parce qu'un excellent stratège peut s'en sortir avec peu de moyens, alors qu'un stratège avec une intelligence absolument nulle ne s'en sortira jamais même avec une infinité de moyens à sa disposition. Mieux vaut avoir une tête bien faite et pleine, avec une épée émoussée, qu'une tête vide avec la meilleure des épées.

 

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