Quand Sun Tzu est incarné par une gamine.

Publié le par Jimoni

Cet après-midi, j'ai discuté avec une gamine. Elle a 5 ans. Spontanément, elle m'a dit qu'avec ses amies, à l'école, elles élaboraient des plans pour piéger les autres. Elle m'a alors confié l'une de ses tactiques au jeu du cache-cache. La tactique est la suivante : elle consiste à laisser des indices, comme "faire des traces avec mes chaussures", vers des endroits où elle n'est pas cachée. Comme ça, l'enfant qui doit chercher les autres enfants est induit en erreur et ne la trouve pas. Autrement dit, dans un langage plus sérieux, elle utilise des techniques de désinformation pour subjuguer son adversaire.

Sun Tzu recommande également l'utilisation de ces subterfuges dans l'art de la guerre : si vous êtes proches de votre adversaire, faites-lui croire que vous êtes loin ; si vous êtes loin, faites croire que vous êtes proches ; si vous êtes forts, feignez la faiblesse ; etc.

Pourtant, on s'enthousiasme à bien des égards de Sun Tzu : ce qu'il dit est profond, mystique, c'est oriental, il a vécu à l'époque des Royaumes combattants, etc. Mine de rien, ce qu'il dit, une gamine de 5 ans est capable de l'affirmer. Loin de dire que lire Sun Tzu n'a aucun intérêt, je pense simplement que, peut-être, nous nous enthousiasmons trop sur les vers de L'art de la guerre.

Également, cette anecdote me fait dire autre chose. Si comprendre l'intérêt de la désinformation n'est pas compliqué, ni de savoir inventer et exécuter une ruse, qu'est-ce qui est compliqué ? J'ai le sentiment qu'au final, c'est toujours une question de contexte. Ici, ce n'est qu'un cache-cache, les règles sont simples, la situation également. Mais lorsque nous faisons face à un conflit armé, qu'il y a des populations en exode, des armes de toute sorte, une grande incertitude sur les quantités, le climat, les sentiments, etc ; il est difficile de trouver une ruse adaptée. Ainsi, être rusé n'est pas impressionnant en soi, c'est plutôt être rusé pour surmonter une situation complexe qui l'est.

Enfin, j'ai le sentiment que l'art de la guerre ne s'apprend pas par les idées, mais par les exemples. Dans l'idée, il est très simple de dire qu'il faut désinformer son adversaire, le subjuguer, ou encore le prendre par surprise. Ce qui est toujours compliqué c'est de savoir comment faire. Or, en apprenant l'Histoire, on s'imprègne de l'expérience de nos ancêtres. À force de voir la réussite ou l'échec de la mise en oeuvre de telle tactique, telle stratégie, dans tel contexte déterminé et dans tel autre, notre cerveau établit ses propres conclusions et saura s'inspirer de ce qu'il a lu et vu pour proposer des solutions originales aux prochains problèmes qu'il devra résoudre. Peut-être finalement que c'est par l'exemple qu'on peut apprendre à s'adapter aux circonstances.

Publié dans Anecdote, Réflexions

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