La Casa de Papel et la Friction.

Publié le par Jimoni

Le confinement n'a pas que des mauvais côtés : j'ai pu commencer des séries et, parmi elles, la Casa de Papel. C'est une excellente série et, en ce qui nous concerne, une série très intéressante pour l'étude de la stratégie. En effet, de mon point de vue, la série illustre parfaitement la notion clausewitzienne de friction, qui a fait l'objet de l'article suivant sur ce blog. Je vais vous montrer pourquoi (et sans spoil dans la mesure du possible).

Dans cette série, un homme, surnommé Le Professeur, recrute plusieurs personnes pour réaliser un grand braquage : l'objectif est de braquer la fabrique nationale de la monnaie d'Espagne, en y fabriquant à l'intérieur des billets de 50€ dont la somme doit atteindre plus de 2 milliards d'euros. Pour accomplir cet objectif, Le Professeur a élaboré un plan qu'il a pensé des années durant. Lors des 5 mois précédant le braquage, il va enseigner à ses recrues le plan qu'il a élaboré en leur expliquant les règles de bonne organisation (exemple, règle n°1 : ne pas avoir de relations personnelles avec les autres membres du groupe), leur rôle dans la stratégie adoptée (exemple, untel doit s'assurer de la bonne production des billets dans la fabrique, tel autre commandera sur place alors que le professeur commandera à distance, etc.), en leur expliquant quoi faire dans telle situation, que faire quand tel problème va se présenter, etc. Tout a été prévu par Le Professeur : le temps pour produire tous les billets, le moyen de s'échapper, comment gérer les otages, comment réagir avec la police, etc. Le plan est parfaitement conçu et pensé par un homme qui a une grande culture générale mais également une grande connaissance du bâtiment qu'il va attaquer ainsi que des otages qui seront présents. Il est d'autant plus parfait qu'il est propre : il ne doit pas y avoir de morts ni de blessés.

Après les 5 mois d'entraînement, le jour J arrive. Tout se déroule bien, ils parviennent à entrer dans le bâtiment, à en prendre le contrôle, à maintenir les otages à l'intérieur, et à bloquer le bâtiment. Mais dès le départ, une chose ne se déroule pas comme prévue : un des braqueurs (une braqueuse) tire sur deux policiers pour protéger un de ses camarades (dont elle est amoureuse) et les blesse, alors même qu'ils ne représentaient pas une menace sérieuse. Le Professeur n'avait pas pris en compte dans son calcul les sentiments de la braqueuse (dont il ne savait rien a priori). Mais bon, cela ne change pas grand chose : heureusement, les policiers ne sont pas morts, et cela ne menace donc pas la réussite du plan.

Sauf que d'autres erreurs vont être commises. Un braqueur va tomber amoureux d'une otage. Des otages vont tenter de fournir des informations aux policiers, d'autres vont parvenir à s'échapper en tuant un des braqueurs. Le stress et la fatigue vont provoquer une atmosphère conflictuelle et des dissensions dans le groupe, et un des braqueurs va même "prendre le pouvoir" au sein du groupe, avant de se le voir être repris. Le Professeur lui-même va commettre l'erreur de sous-estimer son adversaire (une inspectrice de la police). En réalité, l'amour, la peur, la joie, l'imprévu, l'adversité, ainsi que les individualités (certes les braqueurs ont pour objectif de braquer la fabrique, mais chaque braqueur a son motif) vont compliquer la réalisation du plan, si bien qu'ils vont devoir improviser pour s'adapter.

En bref :

En fait, cette série illustre comment il est, dans la pratique, impossible de planifier parfaitement. Un plan parfait, c'est impossible, car cela signifierait tout prévoir. Or, tout prévoir, seuls les devins sont en mesure de le faire, et nul ne sait s'ils existent. Un plan doit rester une orientation, une direction, et non pas le trajet à suivre. Encore une fois, cela ne signifie pas qu'il ne faut pas prévoir : il faut prévoir dans la mesure du possible, c'est-à-dire prévoir en intégrant le fait qu'on ne connaît pas toutes les données. Il faut, dès lors, autant se préparer au prévisible qu'à l'imprévisible.

Je vous invite alors à regarder cette série. J'ai tenté de vous expliquer l'essentiel pour comprendre le lien avec la friction, sans vous spoiler parce que ce serait dommage de vous priver le plaisir de découvrir la série par vous-même, mais également car je pense que c'est plus instructif de regarder la série en faisant soi-même les liens entre les différentes scènes et la friction.

 

Publié dans Culture et stratégie

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