Lecture [1] : les 33 lois de la guerre - Robert Greene.

Publié le par Jimoni

Ma passion pour la stratégie est sans doute ancrée dans mes gènes, ou remonte alors à une période oubliée de mon enfance. En tout cas, je me souviens du premier ouvrage que j'ai lu sur le sujet. J'étais alors adolescent. C'est celui dont je vais vous parler aujourd'hui ("ce soir" à l'heure où j'écris).

Présentation générale de l'ouvrage :

Ce livre s'intitule Stratégie, les 33 lois de la guerre (Leduc.s Editions). Il a été rédigé par l'auteur américain Robert Greene qui a par ailleurs écrit quelques best-sellers. La pensée de l'auteur est souvent rapprochée de celle de Machiavel (qu'il cite régulièrement). Sur ce point, je ne suis que partiellement d'accord. C'est vrai qu'on retrouve chez R.Greene et chez Machiavel la subordination de la morale à l'efficacité dans la réalisation des objectifs. En ce sens, ils ont en commun une pensée pragmatique (au sens ordinaire du terme). Toutefois, les deux auteurs n'écrivent pas dans le même but. Machiavel est un auteur en art politique, il est un spécialiste de l'art de gouverner. Robert Greene vise plutôt à donner des conseils aux humbles, à chacun de nous, pour acquérir du pouvoir dans notre vie de tous les jours. Dès lors, Robert Greene va extraire de l'histoire des leçons que nous pourrons appliquer dans notre vie quotidienne.

Concernant l'ouvrage dans sa globalité, il a l'avantage d'être très agréable à lire. Sa prose est légère, sans doute parce que ce n'est pas un ouvrage théorique mais exclusivement pratique. Il est également bien organisé. Il y a 5 parties intitulées successivement : la guerre contre soi-même ; la guerre en équipe ; la guerre défensive ; la guerre offensive ; et la guerre non conventionnelle (ou guerre sale). Au total, l'ouvrage est divisé en 33 chapitres qui se répartissent dans ces 5 parties.

Chaque chapitre est consacrée à "une stratégie". Par exemple, le chapitre 16 est consacré à "la stratégie du centre de gravité". Dans chacun de ces chapitres, l'auteur va souvent commencer par le récit d'un événement historique, comme le déroulement d'une bataille avec son contexte et ses conséquences. Puis, il va faire suivre ce récit de son interprétation. Il va ensuite enchaîner par un ou deux autres récits (toujours suivis de son interprétation). Après ces illustrations, il va développer ce qu'il appelle "les clefs de la guerre", partie du chapitre dans laquelle il va tirer les leçons et les conseils des récits qu'il nous a exposés, tout en agrémentant son argumentation par l'ajout de courts exemples. Il va ensuite conclure par une métaphore illustrant la stratégie développée, suivie d'une citation d'un personnage historique (stratèges, philosophes, etc.). Enfin, il va relativiser son propos par une courte partie intitulée A contrario dans laquelle il va souligner les limites de sa stratégie et conseiller des alternatives à son application dans certains cas.

Par ailleurs, toujours concernant le contenu, chaque page contient sur les côtés des citations, des fables, des courts récits, qui permettent de mieux saisir son propos. Ainsi, l'ouvrage est rempli d'illustrations.

Avis :

Le point fort de l'ouvrage est son style. Il plaira même à ceux qui n'ont pas l'habitude de lire car il n'y a aucune explication compliquée, et parce que tout est illustré. L'illustration est au cœur de l'ouvrage : l'auteur tire ses enseignements de l'étude de l'histoire, il agrémente ses enseignements par des métaphores, des citations et des exemples. En cela, le message est pragmatique : telle stratégie fonctionne, telle personne dit aussi que cette stratégie fonctionne, donc il faut l'appliquer pour gagner. Comment l'appliquer ? Eh bien, telle personne l'a appliquée ainsi, une autre comme ça. L'appliquer, c'est comme quand vous faites ceci, ou cela. Etc.

Par contre, son style n'est pas aussi chiant que comme je le caricature ici : l'auteur est écrivain. Les récits historiques sont racontés de façon romanesque. Parfois même, le roman est privilégié à l'exactitude des faits. Mais peu importe, l'ouvrage remplit son objectif. Tout est clair, inspirant et pratique.

Le point faible est la profondeur de l'ouvrage. Cet ouvrage est parfait pour une personne qui veut s'initier à la stratégie. Il aura un bagage en références historiques et littéraires qui lui permettront d'approfondir ses connaissances plus tard. Toutefois, pour le connaisseur en stratégie, l'ouvrage n'aura qu'un intérêt limité. D'une part parce que le connaisseur a déjà suffisamment de connaissances sur le sujet et qu'il ne risque d'y trouver, de son point de vue, que des banalités. D'autre part, parce qu'il n'y a ici pas de réflexion théorique qui pourra lui donner une plus-value dans sa pensée stratégique.

Le seul avantage que le connaisseur pourrait trouver à l'ouvrage est l'élargissement que fait l'ouvrage à la stratégie. En effet, Robert Greene part de la métaphore militaire pour donner des conseils applicables dans notre vie quotidienne. Ainsi, il donne un élargissement à la pensée stratégique qui peut être sans doute considérée comme hérétique lorsqu'on est trop attaché à la théorie stratégique, mais qui, pour ma part, ne me gêne absolument pas. De même, il ne donne pas que des exemples tirés de l'histoire militaire, mais également des exemples d'entrepreneurs qui ont réussi leur entreprise, ou encore d'artistes comme Salvador Dali qui ont particulièrement été rusés dans leur carrière.

Certains trouvent que cet élargissement appauvrit l'ouvrage et le rend moins intéressant pour une personne s'intéressant à la stratégie. Je ne le crois pas. Il est important de distinguer les choses, de distinguer les disciplines et les domaines d'étude. La stratégie, ce n'est pas gérer un conflit familial, ni savoir gérer sa carrière d'intermittent du spectacle. Malgré tout, le cerveau fonctionne beaucoup par imitation et par analogie. Et je crois malgré tout que le mérite de Robert Greene est d'avoir établi des ponts entre l'univers de la stratégie et d'autres univers. C'est quelque chose d'important puisque non seulement cela apprend aux stratèges à mieux exploiter leurs connaissances, mais aussi cela peut donner du grain à moudre à leurs réflexions stratégiques en s'inspirant de domaines différents de la stratégie.

Et je terminerai sur ces mots : cet ouvrage est inspirant.

 

Note n°1 : J'ai récemment lu quelques textes à propos du philosophe allemand Leibniz. Si j'ai bien compris, il pensait que les différents savoirs étaient liés, de sorte que chaque savoir ouvre un point de vue sur les autres savoirs. Je suis d'accord avec lui et, en lien avec ce que j'ai pu dire au-dessus, je pense qu'un ouvrage comme celui présenté permet cette ouverture de points de vue.

Note n°2 : C'est le premier article que j'écris qui a pour objet la présentation d'un ouvrage. Si j'en fais d'autres, vous comprendrez assez vite que ce n'est pas mon style de faire une critique négative des ouvrages. Autant, la provocation et la critique négative des idées ne me dérangent pas. Mais, dans une présentation d'ouvrages, je préfère tirer ce qu'il y a de meilleur dans chaque auteur parce qu'ils expriment leur singularité, et c'est quelque chose qui me touche. Tout cela pour dire que mes avis seront toujours positifs.

Publié dans Livres

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