Sur l'intérêt des principes de guerre.

Publié le par Jimoni

Dans un précédent article, j'avais émis l'idée qu'il n'était peut-être pas utile de définir des principes stratégiques, car ils ne permettent pas de savoir comment s'adapter aux circonstances. En effet, j'affirmais que nous sommes incapables de savoir comment les appliquer dans tel cas particulier. Aussi, l'idée sous-jacente de cet article était en vérité de dire que l'expérience, personnelle et historique, permettait seule de savoir s'adapter aux circonstances particulières. Nous n'aurions ainsi pas besoin de définir les principes, d'une part parce que dans le cas particulier nous ne pouvons pas savoir comment les appliquer, d'autre part parce que les exemples sont plus utiles. L'histoire seule, et le retour d'expérience, seraient suffisants pour l'étude de la stratégie. Le but (non-dit) de ce raisonnement était de s'émanciper du cadre des principes stratégiques afin d'être plus fluide dans l'élaboration d'une stratégie. L'idée qui m'était venue était de cesser de raisonner en termes de principes stratégiques à appliquer et de développer plutôt une intuition stratégique.

Mais je vais revenir sur cette idée que j'émettais et que j'explorais à l'époque. Le premier problème de mon raisonnement est le suivant : je n'ai pas tenu compte du fait que les principes de guerre sont justement issus du retour d'expérience et de l'étude de l'histoire militaire. C'est parce qu'on a fait la guerre qu'on sait comment elle se déroule et comment s'adapter aux prochaines guerres malgré leurs différences. Des campagnes de l'Antiquité jusqu'aux campagnes napoléoniennes, on observe la validité du principe de concentration. Hannibal, Frédéric le Grand, ou le général Giap nous apprennent l'efficacité du principe de surprise et donc l'importance de rechercher le plus souvent possible l'effet de surprise. Chaque principe affirmé par les différents stratèges et stratégistes se fondent sur l'expérience, mais aussi sur la raison. C'est en fait l'analyse de l'expérience qui permet d'établir des principes qui à la suite permettront eux-mêmes de savoir s'adapter aux circonstances. Ainsi, on est capable de définir l'adaptation aux circonstances par l'élaboration de principes guidant l'action qui proviennent justement du retour d'expérience, du feed-back.

Ensuite, concernant mon but non-dit de développement d'une intuition stratégique, le principal problème de cette idée est qu'elle aboutit à l'inaction. En fait, on ne peut pas établir une plan stratégique par la seule intuition, parce que la planification est une activité recourant au raisonnement. Sans boussole, nous ne pouvons pas savoir où aller ni savoir quoi faire, et ce n'est pas l'intuition qui va nous guider lorsque nous sommes perdus. De plus, l'application de principes établis n'est pas contraire à l'intuition, mais complémentaires. L'objectif de fluidité stratégique peut être accompli en appliquant les principes dans l'élaboration du plan, et en utilisant l'intuition dans sa mise en œuvre. Cette idée était donc une erreur, même si elle m'a permis de mieux comprendre certains aspects de la stratégie.

Pour conclure, les principes de guerre sont définissables par l'analyse des expériences acquises. Ils permettent alors de s'adapter aux circonstances en guidant (et non en commandant) l'action et l'élaboration de la stratégie. Afin de rester fluide, il convient parfois de suivre son intuition dans la mise en œuvre de la stratégie.

Publié dans Réflexions

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