Borg/McEnroe (2017) : mental et stratégie

Publié le par Jimoni

J'adore les rivalités, la confrontation, et la persévérance des adversaires face à l'effort pour la conquête de la victoire ! Forcément, quand j'ai vu la bande-annonce du film "Borg/McEnroe" (2017), je savais tout de suite que j'allais kiffer. Et j'ai kiffé.

 

Si vous êtes comme moi, mais que vous êtes en plus un amateur de tennis, vous aimerez encore plus ce film. Comme le titre l'indique, ce film parle d'une grande rivalité de l'histoire du sport : celle entre Björn Borg et John McEnroe. Le film se concentre pour une grande partie sur les caractères, les personnalités, de chacun des deux personnages. Il montre comment la tension qu'ils subissent pour remporter le tournoi de Wimbledon va les impacter, mais aussi comment ils vont gérer cette tension. Chacun des deux rivaux a un caractère tout à fait opposé à celui de l'autre. D'un côté, Björn Borg garde un sang-froid inhumain, et gère son stress par un impressionnant contrôle de soi. De l'autre côté, John McEnroe ne semble rien gérer du tout : il s'énerve, il est mauvais joueur et détestable. Pourtant, il semble bien que ce sont leur gestion particulière de la tension qui permet à ces deux tennisman de parvenir au sommet.

 

Et c'est pour cela que je vous en parle aujourd'hui. Ce film m'a beaucoup inspiré sur la relation qu'il pouvait y avoir entre le mental et la stratégie. Bien que la stratégie soit, à sa plus haute échelle, une activité très rationnelle, l'irrationnel a toujours une forte influence. Pendant la Première Guerre mondiale, un certain nombre d'officiers supérieurs, dont des généraux, ne sont pas parvenus à gérer le stress généré par leurs responsabilités. Pendant la Guerre du Vietnam, après l'offensive du Têt en 1968, on raconte que la haute administration américaine (le gouvernement) a été fortement démoralisée (la victoire psychologique de cette manœuvre nord-vietnamienne n'a, en effet, pas seulement atteint l'opinion publique américaine).

 

Et en stratégie, cette irrationalité s'accroît lorsqu'on s'approche du terrain. À l'échelle tactique et micro-tactique, on sait bien depuis fort longtemps que la victoire ne se remporte pas au nombre de tués chez l'adversaire, mais à l’anéantissement de son moral. Pendant l'Antiquité grecque, on distinguait déjà le moment où l'on parvient à désorganiser l'adversaire par la panique (ce qu'on appelle couramment "la terreur panique"), et le moment "du massacre" où l'on exploite matériellement la victoire psychologique remportée.

 

Ainsi, pas la peine d'en rajouter : l'irrationalité est un facteur déterminant de l'issue du combat. Rien de nouveau sous le soleil. C'est pour cette raison qu'il est important d'apprendre à se maîtriser pour ne pas céder avant l'adversaire. C'est pour cette raison aussi, peut-être, que la première qualité d'un manager, d'un coach, ou encore d'un officier, c'est la confiance en soi.

 

Mais, comment se gérer ? Comment toujours avoir confiance en soi ? Je reviens alors sur ce film, que je vous invite à regarder, et dont je vais analyser les comportements des deux personnages principaux en cherchant à comprendre leur manière de gérer la tension.

 

BJÖRN BORG :

 

Borg, à première vue, est une personne très calme et réservée. Lors des interviews, il ne parle que très sobrement, humblement, et sans jamais gaffer.

Mais Borg est un faux calme. Le film nous présente son passé, lorsqu'il n'était qu'un adolescent. On remarque alors que son caractère était tout à fait différent. En match, il s'énervait régulièrement. Si on ne lui accordait pas un point qu'il pensait avoir obtenu, il n'hésitait pas à balancer sa raquette, crier sur l'arbitre, voire sur tout ce qui bouge. Borg l'adolescent n'était pas humble du tout : il voulait devenir le meilleur au monde et c'est tout.

Comment expliquer ce changement en quelques années (une décennie) ? Ce n'est peut-être que le passage de l'adolescence à l'âge adulte qui l'a assagi : c'est ce qu'on pourrait penser. Or, Borg est resté un faux calme.

 

En effet, alors que la tension monte, avant le tournoi, puis pendant, et enfin avant la finale ; Borg s'énerve : contre sa femme, contre son coach, contre lui-même. Il doute de lui, il veut tout arrêter. Pendant un match, la pluie survient, le match est alors interrompu : cela le met hors de lui. Dans la réalité, pas dans le film, Borg arrête d'ailleurs le tennis quand il cesse d'être numéro 1, montrant non seulement qu'il est un faux calme, mais un faux humble de surcroît.

 

Bref, tout indique que Borg n'est pas un iceberg, mais un volcan (et ce, de l'avis d'un autre tennisman présent dans le film) : il retient tout en lui. Borg se bat contre lui-même pour se contenir et rester concentré. Il ne laisse sortir que l'énergie nécessaire à sa victoire.

 

Comment fait-il ? Eh bien, Borg est fou. Enfin, c'est une personne autant exceptionnelle qu’obsessionnelle. Comme dirait l'autre tennisman de tout à l'heure : pour eux, le tennis est une (hum, hum) de religion ! En effet, Björn contrôle tout. Son coach file lui-même les raquettes qui doivent être filés d'une manière bien précise. La voiture dans laquelle Borg voyage doit toujours être la même. On lui parle de son mariage, de la manière dont il devrait l'organiser ; on lui parle d'organiser sa vie, de choix importants à faire : Borg ne veut pas y réfléchir, cela le déconcentrerait. Borg a également des troubles obsessionnels compulsifs (TOC). On pourrait même appeler cela des rituels : à certains moments, il marche pied nu sur les raquettes filées par son coach pour les tester (ou pour s'assurer la victoire, on ne comprend pas trop finalement).

 

Habituellement, dans la vie courante, on voit les TOC, les rituels bizarres, comme quelque chose de négatif, que ce soit au niveau social ou personnel. Mais, peut-être qu'on néglige leurs effets bénéfiques. Et s'ils permettaient de tenir, de se contrôler, voire d'être confiant ? En tout cas, l'exemple de Björn Borg permet d'envisager cette hypothèse. Ainsi, vous comme moi, nous devrions peut-être avoir des rituels avant des moments stressants pour améliorer notre confiance en soi et nos performances.

 

JOHN MCENROE :

 

John McEnroe est un volcan en éruption. Contrairement à Borg, il n'a jamais eu de coach pour l'aider à se canaliser. D'ailleurs, il a la particularité de n'avoir jamais eu de coach. Clairement, ce n'est pas un américain pour rien : c'est un self-made-man à sa façon.

 

McEnroe n'est pas un humble. Il cherche à gagner et à être le meilleur. Dans sa chambre, il s'imagine déjà vainqueur à Wimbledon en traçant au feutre noir la prévision de son parcours dans le tournoi.

 

Il ne recule devant rien pour être le meilleur. Dans le film, en quart de finale contre son compatriote, il ne se montre pas du tout fair play. En effet, alors qu'ils avaient une relation plutôt amicale, McEnroe a une attitude déstabilisante avant le match en ne lui adressant ni un regard, ni une parole : aucun encouragement, aucune humanité. D'ailleurs, dans le vestiaire, son compatriote ne trouve pas sa jambière. Pensant que c'est McEnroe qui lui a pris, il lui demande de la rendre. Mais McEnroe ne répond pas et part pour le match. Il apprend par la suite qu'il n'avait pas volé ou caché la jambière de son compatriote ; il n'en reste pas moins qu'il a maintenu le doute par son silence et qu'il ne l'a pas aidé à la retrouver.

 

Mieux encore, et cette fois-ci c'est véridique, John McEnroe n'hésite pas à rechigner les points jusqu'à que son adversaire supplie lui-même l'arbitre pour lui accorder le point ! Je vous invite à regarder cette charmante vidéo.

 

Un parallèle intéressant est d'ailleurs à faire entre le film et cette vidéo. On voit que le réalisateur a cherché à décrire le comportement réel des deux champions. Dans le film, une scène montre Björn Borg regarder un match de McEnroe. Ce dernier est, pendant le match, exécrable : il s'énerve contre les spectateurs, l'arbitre, tout le monde. La personne à côté de Borg lui dit que McEnroe pète les plombs et qu'il va lâcher. Mais, Borg comprend McEnroe et rétorque qu'au contraire, McEnroe est en train de se concentrer. Et Borg a eu raison : McEnroe a gagné. Dans la vidéo que je vous ai présenté, la même chose se passe. McEnroe s'énerve contre tout le monde, mais gagne finalement haut la main. D'où le commentaire du journaliste dans la vidéo : un McEnroe en colère est un McEnroe qui gagne.

 

Ainsi, alors que Borg contient toute sa frustration au fond de lui pour contrôler son flux d'énergie et ne pas se déconcentrer, McEnroe lâche tout et se calme, tout en maintenant une certaine colère, par la suite. On observe alors deux techniques différentes de contrôle de soi. La première, celle de Borg, cherche à tout contrôler pour rester concentré. La seconde, celle de McEnroe, cherche à tout lâcher pour se concentrer après.

 

Mais dans un cas comme dans l'autre, j'ai l'intuition qu’aucun des deux n'aurait pu appliquer la technique de l'autre. Un Björn Borg qui laisserait sa colère exploser épuiserait toute son énergie et sa concentration ; un McEnroe qui contrôlerait tout ne laisserait pas, au contraire, son énergie se libérer.

 

CONCLUSION :

 

Ce film, très inspirant, nous fournit une leçon intéressante. Toute lutte est en partie irrationnelle, et l'inconscient est un facteur fondamental de la victoire comme de la défaite. C'est pourquoi, il faut savoir contrôler, et mieux que son adversaire, son inconscient. Mais il n'existe aucune formule magique. Le contrôle de soi passe par la connaissance de soi. Vous seul serez capable de déterminer comment gérer votre énergie. Chacun doit alors chercher sa propre voie, sa propre vérité.

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