Leçon d'Austerlitz : prudence et maîtrise de soi.

Publié le par Jimoni

1805. Le jeune Empire français est en guerre contre la troisième coalition. Pendant cette guerre, l'empereur Napoléon Ier mèna ses troupes en Allemagne. En octobre, celui-ci parvint à vaincre 40.000 soldats autrichiens à Ulm sans bataille, avec très peu de pertes côté français. Ce qu'on appelle alors aujourd'hui la campagne ou la bataille d'Ulm est l'un des plus grands chefs d’œuvres de l'histoire de la stratégie. Mais l'Empereur ne s'arrêta pas là. Le 2 décembre 1805, il accomplit un autre chef d’œuvre : la bataille d'Austerlitz, surnommée « la bataille des Trois Empereurs ».

 

Je ne vais pas ici faire un récit détaillé de la bataille d’Austerlitz. Wikipédia explique très bien le déroulement de la bataille, et il existe un tas de contenus sur le sujet, notamment sous forme de vidéos. Avant de lire cet article, je vous recommande au moins de prendre connaissance du récit parce qu’il vous sera plus facile de comprendre l’article qui va suivre.

 

 

Quoiqu’il en soit, ce qui nous intéresse dans cette bataille, c’est la manœuvre psychologique opérée par Napoléon Bonaparte avant la bataille. Le contexte de cette manœuvre est celui de l’infériorité numérique des Français face à ses adversaires : les Russes et les Autrichiens. Pour compenser cette infériorité numérique, Napoléon décide d’adopter une posture défensive près du plateau de Platzen, à Austerlitz.

 

Il va alors faire croire à ses adversaires qu’il est bien plus faible qu’il ne l’est en réalité. Disposant réellement de 70.000 soldats face aux 80.000 soldats ennemis, il parvint à faire croire à l’ennemi qu’il ne dispose que de 40.000 hommes. Pour ce faire, il recourut au mensonge. Il ordonna de petits replis face à des escarmouches. Il formula des offres de paix, et demanda à recevoir les empereurs de Russie et d’Autriche pour dialoguer. Il abandonna même curieusement le plateau de Pratzen. Mieux encore, lorsqu’un émissaire envoyé par le Tsar vint à lui, Napoléon fit mine d’être stressé, paniqué. L’émissaire revint alors voir le Tsar en lui expliquant le désespoir de l’empereur des Français face à la situation. Par ailleurs, Napoléon Bonaparte dégarnit son aile droite pour inciter l’adversaire à l’attaquer à cet endroit.

 

Malgré tout, un général Russe expérimenté, Koutouzov, se méfia. Pour lui, il serait plus prudent d’attendre l’archiduc Charles. Ce dernier a affronté Napoléon en Italie et a su démontrer de brillantes qualités de stratège (petite parenthèse : l’archiduc Charles, bien que défait plusieurs fois par Napoléon, est reconnu comme un bon stratège par la communauté stratégique). Mais, ce n’est pas le cas de tous les généraux qui sont, pour la plupart, jeunes et peu expérimentés. Ceux-ci conseillent alors à Alexandre Ier, Tsar de Russie, d’attaquer les Français sans plus attendre. Le général Autrichien Weyrother, désigné alors par le Tsar pour diriger la bataille, propose d’attaquer avec 40.000 hommes l’aile droite des français. Le plateau de Platzen (centre du dispositif allié) et l’aile droite alliée totalisent un peu plus de 30.000 hommes : ils devraient tenir en cas d’offensive française puisque le nombre total de Français est estimé à 40.000 hommes.

 

Un tel plan était parfait. Les alliés étaient deux fois plus nombreux que les français. En préservant l’équilibre des forces au centre et à l’aile droite, et en enfonçant l’aile droite française avec leur aile gauche, la bataille devait être gagnée. Mais, ils sont tombés dans le piège de Napoléon. Les Français étaient finalement plus nombreux que prévus. Les Français ont tenu plus longtemps que prévu leur aile droite tandis qu’ils étaient en nette supériorité numérique au centre sur le plateau de Platzen lors de leur contre-offensive.

 

La leçon à retenir :

 

Napoléon Bonaparte avait, jusqu’à la veille de la bataille d’Austerlitz, merveilleusement réussi sa campagne en Allemagne. Notamment, il avait brillé lors de la bataille d’Ulm. S’il était véritablement en danger, il se serait contenté des premières victoires et aurait eu une posture défensive stratégique près de la frontière française. Il ne se serait pas éloigné aussi loin en territoire ennemi. De plus, l’ensemble des manœuvres psychologiques auraient dû mettre la puce à l’oreille à tous les généraux adverses. Or, seul Koutouzov a eu la bonne intuition.

 

Ce qu’il faut retenir ici, c’est qu’il ne faut pas faire comme les jeunes officiers russes. Restez prudent et observez bien votre adversaire.

 

Sun Tzu a ces deux phrases dans « l’art de la guerre »: « La guerre est (…) le lieu où se décide la vie et la mort. » et « La guerre repose sur le mensonge. ». Liant ces deux maximes, je peux vous affirmer que lors d’un conflit, le désastre peut résulter et résulte souvent de mensonges, et plus exactement de mauvaises informations.

 

Donc, lorsque votre adversaire multiplie les messages de faiblesse, ne soyez pas enthousiasmés. Demandez-vous si ce ne sont pas des mensonges de sa part pour vous tendre un piège. Prenez alors un peu de temps pour vérifiez les informations. Ce n’est qu’après les résultats de ces vérifications et selon votre intuition que je vous conseille alors d’agir. Et agissez, car s’il faut être absolument prudent, il ne faut jamais rester inactif.

 

 

Publié dans Leçon d'Histoire

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