Conversations sur le hasard et l'intuition dans la guerre.

Publié le par Jimoni

L'histoire qui suit se déroule dans un monde où un général mène l'armée de sa patrie contre l'armée d'un autre pays. La situation lui étant favorable, il songe à attaquer. Il décide alors d’en informer ses officiers subordonnés.

 

Le général : « Messieurs, la stratégie que nous avons mise en place est gagnante. L’ennemi est aux abois. Ils ont concentré leurs troupes près de la capitale de cette région. J’ai personnellement étudié la situation, il me semble que le moment est propice à l’attaque ! Nous disposons d’une supériorité numérique raisonnable. En outre, nos précédentes victoires ont exalté nos troupes ; à l’inverse des troupes ennemies qui ne songent plus qu’à la paix. Il ne me reste plus qu’à désigner parmi vous l’officier qui aura en charge le déroulement de la bataille. Avant cela, avez-vous des objections ou des propositions à nous faire partager ? ».

 

C’est alors qu’un des officiers s’avança.

 

L’officier : « Sauf votre respect mon général, de récentes informations me conseillent de vous informer des risques que comporterait une attaque contre l’ennemi. En effet, l’ennemi aurait reçu de larges renforts. Par ailleurs, l’ennemi a fortifié sa position et ses troupes sont informées par leurs supérieurs d’une bataille prochaine qui durerait de longs mois. À mon avis, ils nous tendent un piège ! ».

 

Le général, avec un léger sourire : « Monsieur, merci de votre vigilance. Toutefois, je suis persuadé de la réussite de notre attaque. J’ai eu vent d’informations contradictoires aux vôtres. Comme preuve de ma certitude, je vais vous désigner comme meneur de notre attaque. En dépit de votre pessimisme, je suis sûr que vous ferez parfaitement l’affaire et que vous mènerez notre nation à la victoire. Acceptez-vous cette charge ? »

 

L’officier, marquant de son visage une certaine appréhension : « J’accepte mon général. Je ne négligerai rien pour mener nos troupes à la victoire. ».

 

Le lendemain, l’attaque eut lieu. Dès la première journée, la majorité des troupes ennemies furent mises en déroute. L’officier s’était attaché à réussir du mieux possible son attaque en profitant d’un effet de surprise tactique et en protégeant férocement ses voies de retraite. La seconde journée marqua la fin de la bataille avec la destruction des forces ennemies restantes. Quant à la troisième journée, elle fut consacrée à l’établissement du contrôle de la position. Au final, la bataille fut donc remportée.

 

À la fin de cette troisième journée, l’officier rendit visite au général. L’officier avait besoin de connaître les sources des certitudes exprimées par son général trois jours plus tôt.

 

L’officier : « Mon général, comment avez-vous su que l’ennemi était aux abois ? Du moins, malgré mes informations, comment avez-vous pu maintenir vos certitudes ?

 

Le général : « Sachez d’abord que je n’étais pas mieux informé que vous. J’ai parlé d’informations contradictoires aux vôtres, mais j’en avais tout autant qui m’indiquaient que ce que vous disiez était vrai. Malgré tout, sachez que l’art de la guerre est un art intuitif. La guerre est un phénomène où les informations sont nombreuses, vraies et fausses, complexes, ou encore incomplètes. Dans ce brouillard de guerre, il me faut tout de même agir. C’est pourquoi j’ai regardé tout ce que nous avions parcouru durant cette guerre et il m’est apparu que nous avions magistralement réussi nos opérations. Avec de tels résultats, il était probable que l’ennemi soit très affaibli. Quant à l’hypothèse de renforts, il m’a paru curieux que de tels effectifs n’aient pas été utilisés plus tôt par l’ennemi. Malgré tout, je n’avais en vérité aucune certitude, j’avais des doutes. Mais encore une fois, il faut savoir agir et prendre des risques.

 

L’officier, avec un air curieux : « Mais Monsieur… Et si vous vous étiez trompé ? Que serait-il arrivé ? »

 

Le général, fièrement : « C’est pourquoi je vous ai choisi. Vous aviez l’intime conviction d’un mauvais pressentiment. Vous étiez le seul à rester prudent parmi tous les officiers. Durant la bataille, cette qualité s’est ressentie dans vos manœuvres. D’une part, vous avez recherché l’effet de surprise là où des officiers confiants ne se seraient pas préoccupés d’augmenter leurs chances de victoire, déjà acquise à leurs yeux. D’autre part, vous n’avez rien négligé pour protéger vos arrières. Ainsi, si le déroulement de la bataille ne nous était pas favorable, vous auriez réussi à éviter le désastre. ». Le général poursuivant ajouta : « Je ne laisse rien au hasard. »

 

L’officier, alors émerveillé, remercia le général de cette leçon. L’humilité et la curiosité de cet officier portèrent leurs fruits. En effet, le général s’arrangea plus tard pour le faire monter en grade.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Fiction stratégique

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