Qui est le meilleur stratège de l'Histoire ? (1/2)

Publié le par Jimoni

A priori, il apparait difficile de répondre objectivement à une question aussi subjective. Mais, difficile n'est pas impossible, dans le sens où on peut essayer. D'autre part, cette question ne présente que peu d'intérêt scientifique. Connaître le meilleur stratège permettrait à la science stratégique de s'y intéresser plus en profondeur, mais il serait plus scientifiquement intéressant de s'intéresser à plusieurs stratèges. En effet, qu'ils soient bons ou mauvais, tous les stratèges sont riches d'enseignements positifs (ce qu'il faut faire) et négatifs (ce qu'il ne faut pas faire). L'historien soulignera à son tour le caractère relatif de l'histoire. Tirer des leçons de l'histoire doit être fait rigoureusement : on ne peut pas transposer la stratégie d'Alexandre le Grand aux problèmes actuels. On peut au minimum s'inspirer de certaines décisions dans telles circonstances. Ainsi, le but d'une telle étude serait de s'inspirer du meilleur stratège. Mais encore une fois, pourquoi s'en inspirer d'un seul alors qu'on peut s'inspirer de tous ?

Si une telle étude n'a pas d'intérêt scientifique, elle a peut-être un intérêt pour le profane. En effet, la personne qui ne sait rien en matière de stratégie a besoin de repères. Or, il est intéressant pour lui qu'on lui désigne un modèle dont il va pouvoir s'inspirer. Le  modèle sera celui qu'on aura désigné comme "meilleur stratège" Il apprendra ainsi par l'exemple. Cela ne fera pas de lui un maître de la stratégie, mais il pourra commencer sur de bonnes bases.

Ainsi, l'intérêt d'un tel classement est établi. Le but est de déterminer quel personnage serait le meilleur stratège pour que le novice puisse s'en inspirer.

 

 

Désormais, la question est de savoir sur quels critères classe-t-on les stratèges ? Toutefois, précisons avant de répondre à cette question, que nous ne distinguons pas ici stratège et tacticien. Conformément au but poursuivi d'un tel classement, nous acceptons une définition large de stratège qui serait le synonyme de "chef militaire". Dès lors, comment déterminer les critères qui permettent de savoir si un stratège est meilleur qu'un autre ? Procédons par étapes.

Dans un premier temps, nous pourrions retenir un critère quantitatif. Par exemple, le meilleur stratège serait celui qui a gagné le plus de batailles et de guerres. Dans ce cas, parmi les meilleurs, nous retrouverions Souvorov ou encore Napoléon. Le problème d'un tel critère est qu'il ne rend pas compte du contenu de ces victoires : une victoire exceptionnelle peut en éclipser dix autres. De plus, on ne comptabilise pas ici les défaites.

Dans un deuxième temps, nous pourrions alors retenir un critère de ratio entre les victoires et les défaites. Nous retrouverions alors encore Souvorov, mais aussi tous les autres stratèges qui n'ont jamais connu la défaite : Gengis Khan, Louis-Nicolas Davout, Alexandre le Grand, ou encore Sylla. Mais là encore, on ne prend pas en compte le contenu des victoires. Gagner cent batailles n'a rien d'impressionnant si ces victoires étaient préalablement acquises, par une très nette supériorité des forces par exemple. De plus, on ne s'intéresse pas aux circonstances des défaites. Certains stratèges ont perdu honorablement : comment ne pas reconnaître le talent de certains chefs nord-amérindiens comme Geronimo ? D'autres ont perdu dans des conditions intenables : comment reprocher la défaite de 1939 aux généraux Polonais ? Et comment ne pas parler de ces entre-deux, de ces batailles perdues mais gagnées à la fois ? Par exemple, on sait que si la bataille de la Bérézina a été gagnée tactiquement par les Russes, Napoléon est parvenu à sauver la majeure partie des cadres de son armée, permettant à celle-ci de se reconstituer ultérieurement, ce qui constitue une victoire stratégique aux vues des circonstances particulières de la bataille. Ainsi, la distinction entre victoire et défaite n'est pas toujours si nette, on ne peut donc pas se baser sur ces critères

C'est pourquoi il ne faut pas regarder la quantité de victoires ou de défaites des stratèges. Le critère à prendre en compte, c'est la qualité des décisions prises par les stratèges face aux circonstances. Est-ce que son action a été efficace ? Est-ce que de meilleures actions auraient pu être entreprises ? Avait-il le choix ? A-t-il innové ? Etc. Ce sont ces questions-là auxquelles il faut répondre. Toutefois, le problème est qu'il n'est pas possible de mesurer la valeur des actions des stratèges. On ne peut que l'estimer, apprécier cette valeur.

Mais ne prendre en compte que la qualité des décisions d'un stratège n'est pas suffisant. Pour classer les stratèges, il faut encore prendre en compte un critère quantitatif. Ce critère est comme une preuve de la valeur du stratège. Un stratège peut avoir pris une fois une excellente décision, mais qu'une seule fois. Celui qui a pris plusieurs fois d'excellentes décisions aura une valeur plus certaine parce qu'il est capable de répéter la marque de son talent. Bien sûr, il faut également prendre en compte le nombre de mauvaises décisions prises. Néanmoins, cela ne rend pas le classement des stratèges plus objectif, car compter le nombre de bonnes ou de mauvaises décisions suppose qu'on soit sûr de la qualité de ces décisions. Or, on l'a vu, on ne peut faire qu'une appréciation.

Ainsi, les deux critères que nous retenons pour classer les stratèges sont la qualité des décisions prises par les stratèges vis-à-vis des circonstances, et la quantité de celles-ci.

Pourtant, une dernière critique peut être portée. C'est une critique de nature plus philosophique. Est-il juste de tenir compte de toute la carrière militaire du stratège ? Tout le monde évolue au cours de sa vie. Nous ne sommes jamais exactement la même personne d'une décennie à l'autre par exemple. Nous pourrions même oser dire : nous ne sommes jamais la même personne. En effet, un simple changement d'humeur peut modifier notre perception et notre prise de décision. Ainsi, personne n'est bon ou mauvais stratège, puisque nous ne sommes jamais identiques à ce que nous étions ou ce que nous serons. Nous ne sommes que plus ou moins bons dans le présent. D'un point de vue global, sur toute une vie, tel stratège a été plus ou moins bon. Or, que devons-nous prendre en compte ? Le stratège à ses vingt ans ? Ou le stratège à ses soixante-ans, à la fin de sa vie ou de sa carrière, c'est-à-dire au summum de ses connaissances ? Les personnes changent, "ils ne sont pas", on ne peut donc pas les classer. Seuls les faits sont. Il serait ainsi plus facile de classer les meilleures décisions prises par des stratèges (un tel classement serait d'ailleurs tout aussi intéressant pour l'apprenti-stratège).

Établir un classement des meilleurs stratèges est donc non seulement difficile, mais c'est également absurde. Toutefois, malgré ce qui a été dit précédemment, mais aussi vis-à-vis de ce qui a été dit, on peut arbitrairement décider de classer les stratèges selon les décisions qu'ils ont prises dans leur vie (ce qui reviendrait à classer des carrières militaires), ou de les classer selon celui qui a pris la décision la plus brillante (ce qui reviendrait à classer des faits).

Pour le premier type de classement, il s'agirait, au final, d'estimer une valeur moyenne des décisions stratégiques et tactiques prises par le stratège au cours de sa vie. Pour le second type de classement, il s'agirait d'estimer quel stratège a pris la meilleure des décisions stratégiques ou tactiques de tous les temps.

Dans les deux cas, l'entreprise est colossale. Il s'agirait de faire un travail historique considérable qui doit estimer des faits du monde entier, en les regroupant, puis en les comparant. Toutefois, le second classement présente l'avantage de la simplicité par rapport au premier. En effet, Il est plus facile de comparer des faits singuliers, que des faits qu'on regroupe par personnage dont on doit estimer une valeur moyenne. Par ailleurs, ce travail peut être simplifié davantage parce qu'il n'est pas nécessaire de regarder tous les faits : un grand nombre d'entre eux dont la haute valeur est reconnue sont déjà connus. Il en va de même pour les stratèges, dont on connaît déjà les plus grands noms. Le problème est que dans le premier type de classement, il sera nécessaire de s'intéresser à tous les faits de ces stratèges pour établir la fameuse valeur moyenne. Pour le second type de classement, nul besoin de cela. On saura quel est le plus haut fait accompli par tel stratège. Par exemple, pour Hannibal Barca, on retiendra sans difficulté la bataille de Cannes.

Ainsi, pour sa relative simplicité, nous retiendrons au final le second classement. Nous réservons la désignation du meilleur stratège de l'Histoire dans un second article. Nous procéderons de la manière suivante : estimation de la valeur des différents faits de stratèges dans l'histoire entière, choix de la meilleure décision prise par un stratège, puis désignation du stratège qui est à l'origine de cette décision. On ne va pas se mentir, cela reste un travail colossal. C'est pourquoi nous n'allons comparer que les meilleurs faits des stratèges dont on estime communément qu'ils font déjà partie des meilleurs : Napoléon, Alexandre le Grand, Hannibal, Gengis Khan, etc. Bien sûr, nous tenterons de comparer des brillants stratèges de toutes les époques, et de toutes les régions du monde. Bien évidemment, nous rappelons toutes les réserves à faire sur un tel classement : connaissance imparfaite de l'histoire mondiale, appréciation souveraine de notre part, etc.

À l'issue, une fois ce stratège désigné, nous exposerons les raisons de sa désignation, notamment en présentant son fait d'exception. Puis nous tirerons des leçons de ce fait.

Suite : Cliquez ici

Publié dans Réflexions

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NinPoSama 05/06/2019 17:50

Khalid ibn al-Walid

Jimoni 13/07/2019 18:35

Il aurait pu être effectivement désigné comme le meilleur des stratèges. Mais, le problème est qu'il y a un flou historique quant à l'ensemble de ses exploits, notamment ses prétendus 100 victoires. Assurément, il est un excellent chef militaire, comme le montre sa victoire à Yarmouk par exemple, mais il manque cette certitude historique sur un grand nombre d'éléments. C'est pourquoi je préfère désigner Alexandre le Grand dans le second article, mais ce n'est qu'une opinion :)

David 18/05/2018 22:47

Hâte de lire le prochain article !

Zebi 31/03/2020 13:09

Moi

Zebi 31/03/2020 13:09

Moi

Jimoni 19/05/2018 11:09

Merci ! J'essaierai de le publier le plus vite possible :)