La guerre, jeu d'intuition.

Publié le par Jimoni

 

En relisant un passage du massif Traité de Stratégie de Hervé Coutau-Bégarie, je suis (re)tombé sur deux exemples historiques qui montrent à quel point la guerre est un jeu de hasard où l'information joue un des rôles les plus importants. C'est dans un tel contexte que l'intuition est importante. Lorsque les informations sont incomplètes et imparfaites, la raison trouve rapidement ses limites. La stratégie n'est pas une science exacte. Lorsqu'elle est pratiquée, la stratégie est un art, et même les principes érigés par la science stratégique peuvent devenir inapplicables face aux circonstances. Napoléon Bonaparte lui-même l'affirmait : " L'art de la guerre est un art simple mais tout d'exécution. La part des principes y est minime : rien n'y est idéologique ".

 

Ainsi, plus que pour beaucoup d'autres activités humaines, la stratégie est avant tout l'art d'agir selon les circonstances. Rien n'y est scientifique. À la limite, les problèmes stratégiques sont des équations probabilistes où la valeur exacte de l'ensemble de tous les facteurs est inconnue. C'est pourquoi on est forcé à agir par intuition lorsqu'on fait de la stratégie. D'une part, pour estimer la valeur des facteurs en présence et, d'autre part, pour estimer quelle est la meilleure décision à prendre. Explicitons tout cela en citant l'un des deux exemples :

" Turenne assiégeait Cambrai ; le grand Condé voulait introduire du secours dans la place. Pour l'empêcher, M. de Turenne posta d'abord l'aile droite de sa cavalerie sur une des grandes avenues de la ville ; mais deux heures après, ayant fait réflexion que le vainqueur de Rocroi était trop habile pour suivre, en pareille rencontre, un grand chemin plutôt qu'un petit sentier, il déposta sa cavalerie, et la plaça sur une petite avenue. Le principe, de son côté, jugeant bien que le maréchal aurait fait cette réflexion, partit avec trois mille chevaux, suivit le grand chemin, et entra dans Cambrai sans éprouver presque aucune difficulté. [...] ".

Cet exemple est tout d'abord révélateur de l'aspect psychologique de l'affrontement. Turenne et Condé ont chacun agit en tentant de deviner les intentions de leur adversaire. Dans cette bataille psychologique, Condé a gagné. Mais, en y regardant bien, c'est un coup de chance. Chacun avait une chance sur deux de réussir son coup. Pour Turenne, il y a avait deux options : poster sa cavalerie sur une grande avenue, ou la poster sur un petit sentier. Pour Condé, le choix à faire était le même. Il y avait donc deux possibilités : soit les deux cavaleries s'affrontent (sur le petit sentier ou sur la grande avenue), soit Condé contourne la cavalerie de Turenne (par le petit sentier ou par la grande avenue). Ici, tout était affaire d'intuition et de hasard. C'est exactement la même situation lorsqu'on joue à pierre-feuille-ciseaux, on essaie de deviner les intentions de l'adversaire en spéculant sur son raisonnement qui peut lui-même tenter de deviner nos intentions en spéculant sur notre raisonnement. Dans cette situation, tout est affaire de spéculation. Et c'est là une des caractéristiques principales de la guerre. Encore une fois, Clausewitz voyait juste lorsqu'il comparait la guerre à un jeu de cartes.

Publié dans Réflexions

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