Guerre du Kippour : défaite et victoire.

Publié le par Jimoni

Dans le précédent billet, nous avions montré qu'à la guerre, il y a deux types de victoire : la victoire militaire, et la victoire politique. La première correspondant à l'écrasement ou l'abandon de l'ennemi sur le champ de bataille, la seconde correspondant à l'accomplissement des objectifs politiques. Pour illustrer cet article, nous allons ici parler de la Guerre du Kippour. Lors de cette guerre, Israël parvint à vaincre l'Egypte, mais l'Egypte en ressort renforcé politiquement.

[ Avant de commencer, je précise que je ne vais pas entrer dans les détails, cet article n'a qu'un but illustratif ]

Contexte :

Six ans plus tôt, Israël avait déclenché une guerre contre l'Egypte : c'est la Guerre des Six jours. D'autres acteurs furent impliqués, mais nous n'allons pas en parler ici. En bref, Israël a gagné la guerre et a annexé le Sinaï et la Bande de Gaza.

En 1970, Nasser, dirigeant de l'Egypte, meurt. Son successeur est Anouar el-Sadate. Il hérite d'une situation politique désastreuse : mauvaise période économique, ressentiment populaire contre Israël, territoires annexés, et guerre d'usure entre l'Egypte et Israël.

Anouar el-Sadate souhaite alors conclure un accord avec Israël, en particulier pour reprendre le Sinaï (objectif politique). Il souhaite en fait qu'Israël accepte la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU qui prévoit, entre autres, le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés en 1967. Mais les choses, et notamment la méfiance d'Israël, font que cela n'est pas possible. Il décida alors de renforcer son armée, en se procurant des armes soviétiques. Il annonça plusieurs fois qu'il allait déclarer la guerre à Israël, mais aucune de ses déclarations ne fut suivie par des actes. Sauf, le 6 octobre 1973...

La guerre :

L'opération Badr est lancée et a pour objectif de percer la ligne Bar-Lev. L'effet de surprise est total, c'est un succès. La ligne Bar-Lev, qui borde la rive orientale du canal de Suez, est enfoncée puis détruite. Cette ligne était pourtant impossible à franchir d'après certains experts. Les israéliens ne parviennent à achever leur mobilisation que le 10 juillet. Israël est déséquilibré. La classe politique israélienne est abasourdie

Anouar el-Sadate décide néanmoins de stopper l'avancée de ses troupes à une distance de 15 kilomètres à l'est du canal de Suez. Il décide d'adopter une position défensive, à une distance où ses missiles antiaériens peuvent détruire l'aviation israëlienne. Par là, ils parviennent à repousser quelques contre-attaques désordonnées des chars israéliens.

Mais le 14 octobre, Anouar el-Sadate reprit l'offensive. En effet, son allié syrien était mis à mal par Israël près du Golan, et une offensive contre Israël permettrait de soulager l'armée syrienne. Mais, cela se révèle être une grave erreur stratégique. S'il avait voulu vraiment continuer à attaquer, il n'aurait jamais dû stopper l'avancée de ses troupes. Il aurait dû profiter du déséquilibre causé par l'effet de surprise de l'opération Badr. La puissance de feu israélienne détruit toutes les offensives blindées égyptiennes. La contre-attaque d'Israël est fulgurante. L'armée Israélienne reprît le canal de Suez, détruisit les installations de missiles antiaériens de l'Egypte, et s'enfonça de quelques kilomètres dans le territoire égyptien. L'aviation israélienne, quant à elle, reprit la maîtrise de l'air. Par ailleurs, la IIIe armée égyptienne fut encerclée. Le 24 octobre, un cessez-le-feu fut conclu.

L'après-guerre :

Le 22 octobre, 2 jours avant le cessez-le-feu, les Etats-Unis et l'URSS parvinrent à faire adopter la résolution 338 du Conseil de sécurité de l'ONU qui venait réaffirmer la validité de la résolution 242, et qui invitait les belligérants au cessez-le-feu et à l'acceptation de la résolution.

Cette guerre fut un choc pour les autorités israéliennes. Croyant à leur invincibilité, l'opération Badr leur a montré que leur survie ne tenait qu'à un fil. L'image d'Israël à l'étranger fut également dégradée. De son côté, Anouar el-Sadate montra son ouverture à la négociation, ainsi que sa volonté de trouver une paix durable. Son discours de novembre 1977 à Jérusalem est particulièrement retentissant.

C'est ainsi qu'en septembre 1978, les accords de Camp David furent signés ; et, en 1979, un traité de paix entre Israël et l'Egypte.

Par ces traités, l'Egypte accomplit l'objectif politique qui était à l'origine du déclenchement de la Guerre du Kippour : la récupération de sa souveraineté dans le Sinaï. En outre, les deux pays ont bénéficié de ce traité. Israël fut pour la première fois reconnu en tant qu'Etat par un Etat arabe dont il n'avait plus à craindre de mauvaises intentions. L'Egypte obtint de son côté l'assurance qu'Israël ne lui déclarera plus la guerre.

Ce qu'il faut retenir :

On voit ici que la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens et que, par analogie, la stratégie s'inscrit dans une politique. La guerre est perdue, certes. Mais, les changements politiques qu'il provoque, et l'impact psychologique qu'il a sur les israéliens, permettent à l'Egypte de "remporter" la guerre quelques années après en accomplissant son objectif politique de départ : la restitution de sa souveraineté dans le Sinaï.

Publié dans Leçon d'Histoire

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Commenter cet article

Hoang Do Boi 05/12/2018 19:03

Merci Israel pour l' embargo pétrolier en 1973. Sans Israel, il n' y aurait pas Aramco ,Sonatach, Qatar Petroleum, ... Le pont aerien us sur israel a rapporté des milliers de milliards pour les pays du golfe. Chapeau!