Après Mossoul, quel avenir pour Daesh ?

Publié le par Jimoni

Mossoul, en 2003

 

La bataille de Mossoul a duré près de 9 mois. En vérité, la bataille se poursuit encore puisque quelques djihadistes continuent de se battre. Mais la bataille a été gagnée par la coalition internationale, il n'y a pas de doute. Toutefois, ce n'est pas une victoire écrasante. Rappelons, d'abord, le bilan des pertes belligérantes que nous avions établi. Daesh aurait perdu la totalité de ses hommes (la plupart sont morts), ce qui reviendrait à 5.000 ou 6.000 soldats tués. De son côté, il semblerait que la moitié des effectifs engagés, dans la bataille de Mossoul par l'Irak et les Kurdes, ne soit plus en mesure de se battre. Et en croisant les informations, nous avions établi les pertes irakiennes à 5.000 morts pour 35.000 blessés. Mais les soldats tués pourraient être bien plus nombreux. Si l'on en croit Al-Jazeera, près de 8.000 soldats irakiens ont été tués. Mais, peu importe, il faut retenir que près de la moitié des effectifs engagés dans la bataille de Mossoul ne sont plus en état de combattre.

Le bilan est là : des pertes importantes, et une bataille qui a duré 9 mois. La question qui nous intéresse désormais est celle des conséquences de la bataille de Mossoul, mais aussi de la suite de cette bataille du point de vue de Daesh.

 

MOSSOUL, UNE PERTE ECONOMIQUE IMPORTANTE POUR DAESH

Avant toute chose, la perte de Mossoul est une perte de puissance pour Daesh. Daesh avait pillé la banque de Mossoul, en 2014, et avait ainsi obtenu de grandes sommes d'argent. Mais, surtout, Mossoul était une grande ville. Elle comptait plus de 2 millions d'habitants avant la guerre. Avec l'arrivée des djihadistes, une bonne partie de la population avait fui. Qu'importe, Daesh avait mis la main sur la deuxième ville d'Irak. Cette population a été pillée, imposée, voire même engagée dans la guerre. À Mossoul, il y avait également des gisements de pétrole, des raffineries, et un tas d'autres activités économiques. La perte d'une si grande ville est une perte économique considérable qui a des conséquences négatives certaines sur l'état de l'armée de Daesh.

Mais, ce n'est pas un "choc" économique. N'oublions pas que la ville a été reprise petit à petit, depuis 9 mois. Ces conséquences économiques, Daesh les a subi durant toute la bataille, peu à peu. Le problème est, qu'en 9 mois, il ne fait aucun doute que Daesh s'est réorganisé, s'est adapté. Une victoire rapide de la coalition aurait été bien plus violente pour Daesh. En effet, une telle victoire aurait été un véritable choc. Ce choc aurait déstabilisé Daesh qui n'aurait pas eu le temps de se préparer et qui aurait sans doute commis des erreurs du fait même de la désorganisation, voire d'une certaine panique. Cela reste de l'hypothétique, mais c'est logique et vérifié. Une armée défaite rapidement, et prise de panique, subit une poursuite de l'attaquant qui se finit le plus souvent par un bain de sang. En latin, on appelait cela le moment du "caedes" (le massacre). L'armée vaincue, fuyante, était massacrée par la poursuite de l'assaillant qui, lui, ne subissait que peu de pertes.

Clausewitz l'affirmait. Une victoire est éclatante lorsqu'elle a été rapidement obtenue. À l'inverse, une défaite est moins cuisante lorsque les perdants ont longuement résisté. Et la bataille de Mossoul permet de vérifier cette affirmation. Daesh a eu sans doute eu le temps de se réorganiser. En face, l'Irak doit désormais faire face à de grandes difficultés politiques. Plus encore, l'Irak va devoir reconstruire une ville en ruine. L'Irak va devoir regagner la confiance des populations qui sont restées. L'Irak va devoir accueillir les Mossouliotes qui ont fui et qui n'ont plus de foyer. Nous l'avions dit, l'Irak n'a obtenu qu'une victoire à la Pyrrhus.

 

SITUATION STRATEGIQUE DE DAESH :
Situation stratégique de Daesh en Syrie et en Irak. Carte fournie par isis.liveuamap.com

 

Daesh est très vulnérable. Son territoire est attaqué de toute part. En Syrie, l'armée syrienne, débarrassée en grande partie des rebelles, fonce sur Daesh. Au nord, les kurdes syriens, appuyés par les Etats-Unis, prennent l'ancienne capitale politique de Daesh, Raqqa. Une longue bataille s'annonce aussi à Raqqa, mais elle devrait être moins longue que celle de Mossoul. En effet, une partie des effectifs à Raqqa a fui vers le cœur du territoire de l'Etat islamique. Aussi, Raqqa concentre une population beaucoup moins importante qu'à Mossoul. La ville est moins grande. Et surtout, la ville n'a été construite que sur une rive de l'Euphrate, alors que Mossoul est établie sur les deux rives du Tigre. Ainsi, il n'y aura pas "deux phases" de l'offensive à Raqqa comme il y a pu avoir à Mossoul.

En Irak, les deux poches restantes, au nord et à l'est, seront sans doute reprises d'ici peu. Malgré tout, nous l'avions dit, les difficultés politiques qui s'amorcent en Irak pourront peut-être jouer le jeu de Daesh. Mais la coalition internationale est là, et elle va sans doute tenter de modérer les ardeurs entre le gouvernement irakien et le gouvernement kurde pour poursuivre la lutte contre l'Etat islamique. Par contre, il est possible que ces tensions ralentissent les opérations, alors même que Daesh va sans doute tenter de ralentir l'avancée des troupes irakiennes dans les deux poches restantes.

Concernant le territoire central de Daesh. On le voit bien, il est long, mais peu large. Les villes qui s'y trouvent, bordent l'Euphrate. Or, une telle position est à double tranchant. Soit, ses adversaires prennent les villes en remontant le fleuve et, dans ce cas, il est sûr que les combats vont durer très longtemps (fortifications, ravitaillement continu des combattants, etc.). Soit, ses adversaires attaquent de flanc (comme présenté sur la carte ci-dessus), rendant la défense d'une si longue ligne impossible. Le désert n'étant pas un obstacle infranchissable, étant même favorable à l'attaque, il est certain que les adversaires de Daesh vont opter pour une attaque de flanc. Daesh ne pourra pas tout défendre, tant la dispersion de ses forces sera importante. Il est donc probable que les djihadistes se concentrent sur les plus grandes villes, comme Deir-ez-zor ou Al Qa'im, et laissent quelques soldats dans les villes les moins importantes pour exercer une force de nuisance à l'égard des forces adverses. Dans tous les cas, Daesh est cuit, mais Daesh le sait. Et, dans l'optique de rendre leur défaite moins cuisante, ils vont tout faire pour résister et préparer la suite.

Dernier point sur la situation stratégique de Daesh. Les djihadistes ont également perdu du terrain sur le terrain de la communication. La cyberguerre menée par la coalition internationale contre la propagande de Daesh sur internet aurait réduit leur visibilité sur le net. Mais il ne fait aucun doute qu'ils parviennent toujours à se faire entendre auprès des sunnites du Proche-Orient, eux qui sont le premier "coeur de cible" des islamistes radicaux.

 

MAIS MAINTENANT, QUE VA FAIRE DAESH ?

Daesh, en tant qu'entité territoriale, va disparaître. Mais, ils le savent. Preuve en est que leur stratégie actuelle est purement défensive, et surtout défaitiste. Leur seul objectif est de ralentir au maximum leur disparition. À côté, ils laissent des villes détruites par les bombardements et, avec, des problèmes politiques qui risquent de déstabiliser à nouveau le Proche-Orient. 

Dans un futur proche, Daesh ne changera pas de stratégie. Ils préparent déjà leur défense dans les territoires centraux, comme nous l'avons dit plus haut, en supposant qu'ils se concentrent sur les grandes villes en laissant de petits détachements dans les petites villes pour déstabiliser les futurs occupants.

Mais leur stratégie de résistance à outrance cache en réalité deux objectifs : 

  1. Premièrement, on sait que l'Etat islamique entretient les tensions politiques en Syrie et en Irak. Dans cette optique, ils résistent pour laisser des villes détruites aux Etats. Mais, au-delà de cela, ils espèrent que les gouvernements chiites commettent des bavures. Notamment, les milices chiites en Irak sont connus pour avoir commis des exactions contre des populations sunnites. De telles actions ne peuvent que renforcer l'animosité entre ces deux communautés religieuses. Il est même certain que les djihadistes incitent ses adversaires à faire des bavures. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, à Mossoul, le gouvernement irakien n'a pas envoyé des miliciens chiites, mais à envoyer l'armée irakienne qui, bien que chiite, ne commet pas de bavures, a priori.
  2. Secondement, l'Etat islamique entretient sa propagande en montrant au monde sa résistance "héroïque" face à une coalition internationale, soit une coalition composée de pays du monde entier. Cette propagande est utile pour recruter de nouveaux djihadistes. Mais, elle leur sera encore plus utile dans le futur. En effet, même si Daesh disparaît, que ce soit en tant qu'entité territoriale ou en tant qu'organisation, l'idéologie de l'islamisme radical ne va pas disparaître de sitôt. Or, l'histoire que Daesh se construit va donner envie, plus tard, à des personnes très peu fréquentables, de "reprendre le flambeau". Lorsque les tensions renaîtront au proche-orient, un, ou plusieurs groupes djihadistes voulant créer un califat vont revendiquer l'héritage de Daesh. Bien que la population ait surement très mal vécu l'occupation djihadiste, quelques fanatiques suffisent à reconquérir le territoire perdu. Nous ne savons pas si cela arrivera, mais cela s'est déjà vu : l'Etat islamique a autrefois succédé à d'Al-Qaida en Irak.

De plus, dans cette optique de renaissance future, il est certain que Daesh laisse des cellules dormantes dans les territoires repris par la Syrie et par l'Irak. Ces cellules dormantes se réveilleront lorsque le moment de la renaissance arrivera.

En résumé, voici la stratégie de Daesh : résister le plus longtemps possible, nourrir sa propagande, entretenir les tensions politiques, préparer sa renaissance ou laisser une nouvelle organisation reprendre le flambeau plus tard.

On ne peut anéantir une secte en la bombardant seulement. La force du djihad est le fanatisme. Ce fanatisme est nourri par l'idéologie de l'islamisme radical. La solution militaire doit être suivie par des politiques de contre-islamisme. Elles, seules, pourront empêcher le retour d'un monstre comme Daesh.

Publié dans Actualité

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