Alep : les rebelles ont-ils encore leur chance ?

Publié le par Jimoni

Depuis le 30 novembre, les forces loyalistes du régime Assad en Syrie ont intensifié leur offensive. Ils ont notamment pris une importante partie d'Alep-Est resserrant leur siège qui dure depuis déjà une centaine de jours. La victoire des loyalistes soutenus par la Russie s'annonce imminente. Leur monstrueuse offensive semble irrésistible et les rebelles n'ont pas l'air d'avoir les forces suffisantes pour regagner du terrain et de briser le siège. Cette situation désespérée n'est pas sans rappeler plusieurs situations militaires historiques et notamment celles que nous évoquions lors du précédent article. C'est pourquoi je tenais à vous parler de la Bataille d'Alep ici pour voir avec nos peu de connaissances du terrain, quelles sont les choix tactiques qu'il reste aux rebelles ( modérés ou non, je tiens à le préciser ce n'est pas notre problème ici ) ? Avant toute conclusion, toute réponse donnée, il convient d'analyser ne serait-ce qu'un peu la situation des rebelles à Alep.

ANALYSE :

En l'absence de soutien des Occidentaux qui n'osent pas s'opposer ouvertement à la Russie, nous savons déjà qu'ils devront se débrouiller seuls. D'autant plus que bien que la Turquie soutienne activement des rebelles sunnites au nord de la Syrie, il est pour l'instant peu probable qu'ils décident de reprendre Alep. Donc premièrement, les rebelles à Alep n'ont aucun soutien extérieur.

Le siège actuel est en train d'affamer, d'appauvrir les rebelles (et les civils). En fait, de jour en jour, alors que le régime d'Assad se reconstitue et devient finalement de plus en plus fort, les forces rebelles deviennent de plus en plus faible. En général, la posture défensive est plus avantageuse que la posture offensive ( cf : Clausewitz ), mais dans le cas présent les rebelles ne peuvent pas rester dans cette situation. En effet, rester dans cette situation est comme prendre une petite dose d'arsenic tous les jours, ils vont en mourir.

Aussi, ils ne peuvent pas briser le siège de façon conventionnelle avec leurs forces actuelles. Après leur tentative réussie fin juillet début août, puis avec le nouveau siège et leurs tentatives de percée échouées, leurs effectifs sont au mieux 4 fois moins nombreux que les effectifs loyalistes. En bref, des tentatives directes, même couplées avec l'effet de surprise comme ils avaient fait, ne suffiront pas à briser le siège.

SOLUTION :

En résumé ils sont seuls dans un siège qui les tue à petit feu mais qui ne peut pas être brisé par une méthode conventionnelle avec leurs forces actuelles. En fait, ils ne leur restent que deux possibilités :

-Première possibilité : négocier avec le régime Assad pour pouvoir laisser échapper une partie de leur force. Mais, il est probable que compte tenu de leur situation, la négociation risque de s'apparenter à une capitulation totale. Et comme c'est le tournant de la guerre, on peut imaginer que la négociation ne soit ni acceptable par les rebelles ni pour Assad, ce qui peut se comprendre.

-Seconde possibilité : se donner une porte de sortie, une chance de renverser la situation. Et compte tenu de leur infériorité numérique, ils vont devoir subjuguer l'adversaire et se montrer audacieux. Il n'y a pas d'autres choix que de ruser, il faut que les rebelles réalisent une opération tactique audacieuse prenant les loyalistes au dépourvu pour briser le siège.

Mais ruser et briser le siège, comment et pour quoi faire ?

Comment ? Nous ne pouvons y répondre car nous ne disposons pas des informations nécessaires sur le terrain pour savoir quel genre d'action il faut faire. D'ailleurs, il est possible que la situation soit encore plus désespérée que nous le pensons et qu'il n'y a vraiment plus rien à faire. En tout cas, pour l'instant, nous conseillons la ruse. Mais voilà, ruser pour quoi faire ? Nous ne pensons pas qu'il serait sage de continuer la Bataille d'Alep pour plusieurs raisons. D'abord, les forces d'Assad sont trop solides, les rebelles ne pourront pas reprendre la ville avec leurs maigres moyens. De plus, pour des raisons stratégiques, même si le combat pour la démocratie peut être séduisant en particulier pour les populations sunnites marginalisées par le régime, la population en a marre de la guerre et il serait plus sage de ne pas en rajouter pour que le projet de démocratisation ne soit pas synonyme de guerre. Nous nous écartons un peu de la bataille d'Alep, mais l'importance de cette bataille oblige à parler de questions stratégiques. Il vaudrait mieux que les rebelles brisent le siège par la ruse pour fuir et sauver les partisans de la démocratie les plus farouches. Par là, même s'ils perdent la Bataille, ils pourront sauver leur projet et continuer la lutte autre part et/ou autrement. Ils pourront se concentrer sur les zones tenues par l'Etat islamique pour libérer et conquérir le coeur d'une population sunnite qui ne demande que de mettre fin à la barbarie. Ils pourront continuer à rester sur les zones du régime Assad mais en combattant autrement pour retourner l'opinion de la population contre Assad. Ou encore, ils pourront mettre fin à la lutte pour un moment pour reconstituer leurs forces et attendre un moment propice pour retenter leur chance.

En bref, les rebelles ont surement déjà perdu la bataille d'Alep. Ils ne leur restent plus qu'à créer une porte de sortie par la ruse pour fuir et continuer la lutte autrement. 

Voilà, c'est la fin de cet article que je trouvais intéressant à développer puisqu'il convenait parfaitement à l'article précédent. J'espère que vous avez apprécié et que comme moi vous avez une pensée pour les centaines de milliers de personnes qui souffrent aujourd'hui de cet horrible siège, espérons sa fin.

Publié dans Actualité

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