L'approche indirecte chez Liddell Hart.

Publié le par Jimoni

La théorie de l'approche indirecte n'est pas tout à fait récente. Dès l'antiquité, nombre de stratèges ont appliqué l'approche indirecte : Hannibal, Philippe II de macédoine entre autres. De l'autre côté du monde, le célèbre ouvrage "L'art de la guerre" de Sun Tzu évoque déjà cette approche. En effet, Sun Tzu décrit de différentes manières la façon dont on peut gagner la bataille avant même de la commencer, c'est-à-dire le fait de vaincre l'ennemi par d'autres moyens que par l'effusion de sang. En résumé, Sun Tzu préconise la succession de ruses, de stratagèmes et de tromperies pour vaincre l'ennemi. Mais ici, on va remonter un peu le temps pour se rapprocher de la pensée d'un auteur qui nous est plus contemporain et cet auteur est sir Basil H.Liddell Hart.

Liddell Hart est un historien militaire et auteur anglais de stratégie qui défend l'idée de l'utilisation systématique de l'approche indirecte lors d'un conflit. Avant d'être historien et écrivain, il participa comme un grand nombre d'hommes de son époque à la désastreuse guerre des tranchées sur le front ouest de la Première Guerre mondiale. Les offensives directes, répétées et n'aboutissant pas à grand-chose, comme la bataille de la Somme, finirent par germer chez Liddell Hart l'idée qu'il ne fallait non seulement jamais attaquer de front, mais ne pas réattaquer de la même façon une position qu'on n'a pas réussi à prendre la première fois. Plus tard, en étudiant l'histoire militaire avec profondeur, il remarqua que les plus grands succès militaires furent obtenus lorsque le stratège n'avait pas combattu directement l'adversaire, lorsqu'il l'avait battu de façon détournée. Au fil des années, il milita activement pour l'utilisation de l'approche indirecte. Et puis vint un jour où il publia son célèbre ouvrage "Stratégie" où après avoir fait une lecture de l'histoire militaire de la Grèce antique jusqu'à la seconde guerre mondiale, il démontre la supériorité de l'approche indirecte et développe sa propre théorie de la guerre. Chose intéressante à remarquer, Liddell Hart parle de la supériorité de l'approche indirecte comme une vérité philosophique qui s'applique à tout genre de conflits : un conflit de couple, un conflit du travail, en politique, etc.

Donc pour lui, qu'est-ce que l'approche indirecte ? Après avoir analysé de multiples exemples faits militaires où l'approche indirecte s'est révélée décisive, ou a contrario des exemples où les protagonistes ont usé de l'approche directe avec des conséquences désastreuses, il conclut que : "Dans une campagne, la stratégie la plus saine consiste à différer la bataille, et la plus saine tactique consiste à différer l'attaque,  jusqu'à ce que la dislocation morale de l'adversaire permette d'asséner le coup décisif.". Dans cette maxime dont il s'inspire d'une citation de Lénine, il définit en quelque sorte ce qu'est l'approche indirecte. Et on peut nettement observer que sa pensée rejoint celle de Sun Tzu qui préconise de gagner la bataille, voire gagner la guerre, avant même qu'elle ait lieu. En fait, on pourrait définir l'approche indirecte comme l'approche stratégique qui consiste à vaincre l'adversaire par d'autres moyens que le combat. Mais cette définition est encore trop abstraite pour pouvoir être utilisé dans le domaine de la stratégie, et c'est pour cela qu'il préconise trois choses lors de toute campagne : attaquer les lignes de moindre résistance, les lignes de moindre attente, et prendre des lignes à voie multiple.

- La ligne de moindre résistance est plus simplement la position que l'ennemi défend le moins. C'est-à-dire que sur un front quelconque, il faut attaquer là où il concentre le moins ses forces. Par exemple, la Normandie en 1944 qui n'était que peu défendue par les allemands.

-Fort heureusement, la ligne de moindre résistance est souvent la même ligne que la ligne de moindre attente parce que logiquement, on ne défend pas les positions que nous ne pensons pas menacés, mais ce n'est pas toujours le cas selon la stratégie adverse. Donc dans la même idée, la ligne de moindre attente est la position où l'ennemi ne pense pas être attaqué. L'exemple de la Normandie s'applique ici aussi.

-Enfin, Liddell Hart conseille d'attaquer des positions qui permettent de menacer plusieurs positions ennemies de sorte que l'adversaire disperse ses forces pour défendre plusieurs positions, et c'est cela les lignes à voie multiple. En quelque sorte, ici, on maintient le doute chez l'adversaire sur l'endroit où il est susceptible d'être attaqué.

Et c'est vraiment ces trois critères que Liddell Hart retient pour monter une bonne stratégie, mais ce ne sont pas les seuls. Il conseille également de bien ajuster nos buts à nos moyens, ou encore de ne pas attaquer une seconde fois l'adversaire sur une position où il nous a déjà vaincus, tout simplement parce qu'il va renforcer la résistance sur cette position qu'on menace mais aussi car il va s'attendre à ce qu'on l'attaque de nouveau ici. Mais voilà, cette dernière idée découle des trois concepts de ligne qu'on a évoqué, et il en est de même pour les autres idées de Liddell Hart, voilà pourquoi je n'ai pas vraiment besoin d'expliquer les autres conseils.

En résumé, Liddell Hart préconise d'attaquer l'ennemi par surprise, en évitant ses points forts et en exploitant ses points faibles, tout en semant le doute dans son esprit. J'ai au tout début rapproché cet auteur de Sun Tzu, je crois qu'après ces explications cela ne fera aucun doute qu'ils font partie du même courant de pensée. En fait, Liddell Hart consacre lui-même aux moins deux pages à citer l'Art de la Guerre au début de son livre.

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